Le phénomène Booktube : critique littéraire à l’ère numérique

C’est en 2015 que Youtube a fêté ses 15 ans. À l’origine un simple site d’hébergement de vidéos, Youtube est très vite devenu un phénomène ne cessant de se développer à divers usages et faisant des milliards de vues quotidiennement. Pour les Youtubers, plus qu’une plateforme, c’est désormais considéré comme une communauté ou plutôt des communautés. L’une d’elle étant Booktube, néologisme anglais qui mêle Youtube au mot Book (livre).

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Mais qu’est-ce donc que cette communauté ?

Il s’agit de booktubers publiant régulièrement des vidéos de leurs dernières ou prochaines lectures, de leurs achats livresques etc.. Ils partagent avec leurs abonnés tous leurs coups de cœur ou déceptions littéraires. Booktube est en fait majoritairement alimenté par la nouvelle génération de lecteurs, particulièrement avec des livres YA (Young Adults) qui ne s’adressent donc plus seulement aux jeunes adolescents mais s’étend désormais à toute une classe d’âge de la jeune lycéenne ayant lu Twilight à l’étudiante en Lettres jonglant entre Victor Hugo et Veronika Roth (auteur de la série Divergente). On peut alors y trouver une critique du nouveau livre en vogue de Gayle Forman par une booktubeuse française, aussi bien qu’américaine, britannique, malaisienne etc. Comme pour Youtube en général, la communauté Booktube a cette dimension globalisée qui est liée à la diffusion mondiale de bestseller en anglais.

Je parle de booktubeuse parce que la majorité de cette communauté est féminine mais il y a bien des booktubeurs comme nous le dit Myriam Sethom (de la chaîne Myriam – Un Jour. Un Livre.) « Aussi surprenant que cela puisse paraître, il existe aussi des Booktubeurs, les garçons sont certes minoritaires mais ils sont bel et bien là. C’est d’ailleurs une bonne image qui prouve que la lecture n’est pas une activité exclusivement féminine. »

Booktube est en fait plus large lorsqu’on cherche bien que cette image de jeunes filles de la génération Harry Potter ou Hunger Games, même si ces deux succès ont permis d’amener beaucoup de jeunes ou moins jeunes à la lecture. On trouve aussi des vidéastes qui promeuvent différents genres littéraires et aussi différentes langues. On trouve aussi bien des booktubers du Moyen Orient abordant des livres anglo-saxons ou des livres arabes que des booktubers hispaniques. Et surtout, on y trouve depuis 2 à 3 ans une communauté francophone de France, de Belgique, de Suisse et même du Maghreb, qui se développe énormément.

Néanmoins, personne ne sait réellement de quand date la création de ce mouvement. Il semblerait que les premières vidéos se réclamant de Booktube soient apparues en fin 2011. Mais le mouvement ne s’est réellement enclenché qu’à partir de 2012 reprenant les codes de Youtube et les adaptant à la littérature. Ainsi on voit apparaître des vidéos haul (achats) de livres, des tags (des questionnaires auxquels les youtubeurs répondent), des swaps (échanges de cadeaux souvent livresques sur booktube), et d’autres type de vidéos mais au fur et à mesure les booktubers ont aussi créés des vidéos leur étant particulières comme lors du Readathon (encore un néologisme anglais mêlant le mot read : lire et le mot marathon.), marathon de quelques jours durant lequel les booktubers se lancent le challenge de lire un maximum de livres… expérience qu’ils relatent donc par la suite dans leurs vidéos..

BOOKTUBE

Quel impact ?

Si Booktube fait bel et bien partie de Youtube, c’est une communauté plus étendue sur tout le World Wide Web. Booktube regroupe toutes ses personnes qui font ou qui regardent commentent ces vidéos livresques et Booktube est aussi présent sur d’autres réseaux sociaux tels que twitter, facebook, tumblr, Goodreads ou encore sur les blogs. Cependant cette communauté reste moins connue que d’autres types de youtubeurs surtout en France. En effet si la booktubeuse américaine Christine Riccio de la chaîne PolandBananasBooks collecte plus de 280 000 abonnés la plupart des chaînes françaises tournent autour des 10 à 20 000 abonnements.
Par conséquent si certains youtubeurs gagnent leurs vie exclusivement à travers leurs vidéos c’est loin d’être le cas sur booktube qui tend néanmoins à donner de plus en plus en d’opportunités comme nous le décrit Myriam Sethom : « nous n’avons pas un nombre d’abonnés et de vues assez conséquent pour que YouTube nous rémunère suffisamment (par le biais des publicités diffusées sur nos vidéos) pour pouvoir en vivre. Pour ma part, je touche mensuellement tout juste un peu plus que de quoi m’acheter un livre de poche ! Quant aux partenariats rémunérés avec des marques ou pour des participations à des événements, on y arrive tout doucement mais ça reste anecdotique. Mon blog et par la suite ma chaîne BookTube m’ont permis d’entrer en contact avec des professionnels de la chaîne du livre et notamment des éditeurs qui, voyant que je lisais beaucoup en Anglais, m’ont proposé de travailler comme lectrice de manuscrits et de repérer les futures pépites qui mériteraient d’être traduites en France. J’ai ensuite évolué au sein d’une de ces maisons d’édition pour devenir consultante éditoriale, toujours en freelance. »

Renouveau de la critique littéraire ?

On pourrait penser que Booktube est en quelque sorte un renouveau de la critique littéraire mais les préjugés sur cette communauté sont tels que les milieux académiques littéraires ont encore du mal à l’accepter comme tel. Pour Myriam Youtube représente cependant l’avenir de la culture : « les médias traditionnels sont forcés de s’adapter aux nouveaux usages, principalement l’omniprésence d’internet. Sur une fourchette de personnes âgées de 10 à 40 ans, quel est le pourcentage d’entre eux qui regardent encore les émissions culturelles à la télévision ? Sans parler du fait que de très nombreuses sont programmées en 2e partie de soirée. Quand avez-vous acheté un journal ou un magazine pour la dernière fois ? YouTube est, avec les blogs et sites d’info en ligne, l’avenir de ces médias. ». Qui plus est les Booktubers ont l’avantage de la proximité avec leur abonnés :

« Nos abonnés finissent par trouver des affinités avec certains booktubeurs plutôt que d’autres, justement en fonction de leurs goûts littéraires et de leurs genres de prédilection. Je suis à titre personnel une passionnée de romans historiques et je consacre plusieurs vidéos sur le sujet. D’autres préfèrent le polar-thriller, la romance ou la fantasy. Il y en a pour tous les goûts, il suffit juste de prendre le temps de se perdre au fil des chaînes BookTube pour trouver son bonheur. »

Vers une complémentarité avec les médias classiques ?

Si l’avantage de Booktube est bien la diversité des genres qu’on peux y trouver, des genres qu’on ne retrouvera pas forcément dans la dernière émission de La Grande Librairie ou dans Un Livre Un Jour (sur France 3) mais cela peux aussi être vu comme un inconvénient. En effet peut être est-ce cela qui engendre un certain mépris envers ce mouvement que nous décrit Myriam: « D’une façon générale, je pense qu’il y a malheureusement en France un réel rejet face à la réussite en dehors des sentiers battus (…) Les médias classiques nous font sentir, peut-être même inconsciemment de leur part, un certain mépris dans les rares papiers ou reportages qui parlent de nous. Comme si le droit de parler du livre n’était que l’apanage des élites et c’est bien dommage car je ne cesse de dire que nous sommes complémentaires et pas concurrents. »

Envie de vous perdre dans Booktube et trouver des lectures pour cet été ?

Voici quelques grandes chaînes Booktube francophones :

Amina C.

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2 Réponses

  1. Myriam dit :

    Merci pour cet excellent article qui reflète enfin ce qu’on pense réellement et qui ne déforme pas nos propos ! Tu as l’intégrité journalistique que les professionnels des grands médias ont laissé au placard. Bonne chance à toi ! 🙂

  2. Phebusa dit :

    Je plussois ! Merci pour cet article.

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