Justina : “Les femmes du Moyen-Orient doivent se battre”

Justina, rappeuse iranienne

Justina est une rappeuse iranienne exilée maintenant en Géorgie. Dans ses textes, elle prône un message féministe, et souhaite que les désirs féminins soient pris compte dans la République islamique iranienne. Confidences à Alohanews. 

Rap, femme et Iran ne font pas toujours bon ménage. Justina a pourtant décidé de prendre le risque. Cette jeune iranienne a eu l’audace de manier les mots pour faire passer un message d’empowerment au féminin, dans un pays où la femme est réduite dans ses possibilités au quotidien. Aujourd’hui, elle a 28 ans et s’est exilée en Georgie pour pouvoir profiter de sa passion librement. Elle s’est fait connaître en 2013 avec son clip “Mohem Nist” (NB. « Ce n’est pas important ») où elle apparaît avec un look décontracté, sans foulard.

 

Les femmes n’ont pas le droit de chanter en Iran

En Iran, le rap n’a déjà pas vraiment bonne réputation. Il est interdit, considéré comme impur, pro-américain et donc un danger pour la République islamique. Depuis la révolution iranienne de 1979, toutes les productions culturelles sont contrôlées par l’État. Les musiciens dissidents doivent enregistrer dans des studios clandestins.

Être une femme qui dévoile sa voix est d’autant plus répréhensible : “la femme n’a pas le droit de chanter en Iran » car on considère que la voix féminine susciterait le désir de l’homme. Réduite à un être faible et sans libre arbitre, faire de l’art lorsqu’on est une femme serait “trop dangereux pour elle”. Justina a décidé de ne pas se taire et de se produire dans des studios « fait maison ». En contournant la loi et en s’attaquant directement à l’injustice faite aux femmes dans ses textes, Justina s’est attirée les foudres du gouvernement iranien : « Je ne peux plus retourner en Iran sinon je pourrais me faire emprisonner” raconte Justina. Rares sont les artistes iraniens qui osent clamer leurs idées politiques aussi ouvertement que Justina. Dans sa chanson “Be In Azadi Bekand”, l’artiste parle ouvertement du désir de la femme : “Ton infidélité est considérée comme un manque de féminité et mon infidélité est considérée contre nature”. Depuis la révolution islamique, le “zina”, c’est-à-dire le crime adultère est condamné par les instances gouvernementales. Il a été remarqué que cette loi est plus discriminante envers les femmes, plus souvent lapidées que les hommes.

 

Prendre le destin des femmes en mains

Dès son enfance, l’artiste menait la réflexion sur l’égalité des sexes. A 13 ans, Justina écrit un discours à l’intention des garçons iraniens : “je voulais qu’ils se posent questions sur leur liberté et leurs valeurs. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent sans se demander pourquoi les femmes ne peuvent pas », explique l’activiste iranienne. Le rap, Justina le découvre à 16 ans. Cet art lui permet de se raconter et de raconter des choses sur société. Elle prend modèle sur des figures hip-hop de son propre pays, comme Zedbadi – l’un des premiers groupes “gangsta” hip-hop iranien né dans les années 90 – ou encore Ali Sorena, l’une des plus grandes figures de la musique underground iranienne connue dans les années 2000.

Quant à son avenir, Justina a des ambitions humanistes, devenir “porte-parole des droits de la femme en Iran, en Irak et en Afghanistan”. Selon l’artiste, les femmes ne sont pas considérées comme des êtres humains dans ces pays. Justina compte sur son art pour changer les choses et faire du bien à l’égalité.

Parissa Javanshir

à lire aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.