Le 77 : « Les lunetz, ça te procure des pouvoirs magiques »

Le 77

Peet, Félé Flingue, Morgan et Rayan ont sorti «ULTIM » qui vient clôturer une trilogie versatile. Depuis notre rencontre à leur domicile en 2018, ils n’ont cessé de sillonner les scènes telles de flibustiers fantasques, n’hésitant pas se jeter sans claustrophobie dans l’océan humain. Par ce mois de juin caniculaire qui réjouit les restaurateurs et inquiètent les observateurs du climat, ils nous ont retrouvés fidèles sur la terrasse de la brasserie Walvis, un endroit fort cosy au bout de Dansaert où le canal et son eau verdâtre et opaque côtoie la rumeur bruyante des véhicules et des tramways. Cela ne perturbera pas le fil d’une conversation à bâtons rompus où on aborde des sujets comme le « troll rap », leur musique et leur rapport à la scène.

Morgan, le DJ et compositeur attitré du groupe, est aux petits oignons : Plus en retrait, il prend soin d’étaler la confiture sur les tartines pendant que ses potes répondent à nos questions. Un geste tout naturel et fraternel. On sort du délire pour retrouver des personnages réels avec cette pointe de nonchalance qui les caractérise.

 

L’année passée, à Couleur Café, alors que bien éméchés et grisés par l’ambiance, ils balançaient « Black Angus » tout en en rappelant que  « c’est une fiction les gars, il ne faut pas tout prendre au premier degré ».Un concert du 77 , ça se prépare : il suffit de regarder les gens présents affublés de leurs vêtements colorés et de lunettes extravagantes. Félé :« On aimerait bien améliorer ça, mais on n’est pas les meilleurs marketeurs du monde; peut-être qu’un jour on distribuera des lunettes à l’entrée (rires)». La scène, c’est leur sacerdoce. Peet : « On est clairement un groupe de scène. Parfois, tu fais des petits concerts, tu te tapes huit heures de route et le corps subit. Mais on kiffe cela. Quand on gagnera plus de thunes, on sera davantage en studio, mais on fera en sorte que nos concerts soient encore plus sensationnels».

Avant la sortie d’ULTIM, le 77 avait balancé le clip « Handek », un morceau à l’humour noir irrésistible qui évoque une course-poursuite sanglante avec la police: Peet :« C’est parti d’un délire avec la vidéo buzz « y’a les handeks qui arrivent ».Après dans la police, y’a des abus.Pour moi, les flics, ça devrait être les mecs les plus peace, ils devraient calmer le jeu. ». Félé :« Dans ce genre de métier, il faudrait qu’il y ait un type neutre qui calme les policiers quand ils s’énervent en leur rappelant: « pas taper, pas taper » (rires).

 

Composé d’une intro et outro, le projet est dans l’ensemble très planant et bienveillant, comme si on installait l’auditeur dans un fauteuil et qu’on lui préconisait de prendre un bon cognac, un cigare et de kiffer le moment. La private joke est cultivée dans les paroles, chose auquel ils nous ont habitués avec « Bawlers ».Félé : Le côté private, ça rapproche énormément. Un type qui va m’entendre sur « Baws » balancer« mini rock baws » se demandera dans quoi il est tombé et un autre va accrocher, car il aura compris l’esprit». Le second degré devient une marque de fabrique pour certains rappeurs qu’on range souvent dans la case « troll rap », mais le 77 récuse cette appellation. Morgan : « Moi ça me dérangerait qu’on nous prenne pour du troll rap, on véhicule une image rigolote via les réseaux sociaux et en concert, mais on est à fond dans notre musique et on la fait avec le cœur.».

 

Sur l’album, un morceau aux sonorités bossa-nova « Salzil » se démarque. On les retrouve en featuring avec Blu Samu qui chante son couplet en portugais. Souvent présente sur scène avec ses « roomies », elle se révèle une chanteuse soul hors pair et une rappeuse affirmée, notamment sur son dernier EP « Sade ». C’est à se demander où est passé Zwangere Guy, l’un de leurs fidèles comparses. Probablement trop occupé à réaliser son clip mystique et surréaliste : « Wie Is Guy ».Félé : «C’est une empreinte bruxelloise qui va rester dans le temps. Ce clip, c’est comme une grosse paire de couilles, la progression de la folie est super bien respectée. C’est cru et profond à la fois ». Sur la scène belge, on se renvoie l’ascenseur et on reconnait le talent de ses confrères. « La famille, c’est tout ce qui compte, si tu comptes tu perds la famille » chantent-ils sur « Phamily ». Et ça fait plaisir.

Bruno Servietski

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