Utopia ou le chemin vers un monde meilleur

La ville de Louvain célèbre les 500 ans d’un des premiers best-sellers : Utopia, livre écrit par Thomas More en 1516 et imprimé à Louvain, justement. Le musée M (de Louvain) accueille une exposition Utopia qui fait partie de tout un cycle culturel. Il y a même des évènements gastronomiques. L’exposition se poursuit jusqu’au 17 janvier 2017. 

Oui, on sait, c’est à Louvain. Mais attendez un peu.

Thomas More était Anglais, et était révolté par les crimes de son temps : abus de pouvoir, concentration des richesses aux mains de quelques-uns, inégalités sociales, guerres, corruption… alors, il a rêvé une île sur laquelle la propriété n’existerait pas et les hommes et les femmes seraient tous égaux. Et il a situé son île quelque part au large des Amériques, à moins que ce ne soit l’Asie. Là où, peut-être, un jour, les grands découvreurs se trouveraient face à un monde plus parfait. Comme ça, le lecteur pouvait un tout petit peu y croire.

Succès international. Tout de suite. À son époque, tout le monde l’a lu, ou presque. Un peu comme notre « Indignez-vous! ». D’ailleurs, More en a fait une trilogie, comme tout bon auteur anglo-saxon qui se respecte. Imaginez Starwars ou Game of Thrones réduit à un seul exemplaire… ça n’aurait aucun sens.

Plus sérieusement, ça veut dire qu’il y a 500 ans, nos ancêtres étaient face à des défis très proches des nôtres. Et qu’ils rêvaient déjà d’un monde meilleur.

L’Utopie de Thomas More a d’ailleurs traversé les époques, puisqu’il a été reconnu précurseur du socialisme par les révolutionnaires russes en 1918 et canonisé par l’Église catholique en 1938. Un saint communiste, quoi. Ça ne s’invente pas.

Comment est-ce qu’une utopie, un rêve, un monde idéalisé a pu parler à ce point au coeur des hommes? Personnellement, je n’ai pas encore lu le livre de More, et sincèrement, je ne suis pas sûr que j’ai envie de vivre dans son Utopie, sur son île où toutes les villes sont identiques et où les habitants sont tous vêtus de la même façon. Ça ressemble furieusement à un totalitarisme. Je préfère penser que plusieurs utopies peuvent coexister. C’est vrai, quoi. Personne n’a toutes les réponses. Aucun dogme, aucune utopie ne peuvent faire le tour de la question.

Gravure sur bois de l’édition 1516 d’Utopia.

La force d’Utopia, c’est de nous dire qu’un autre monde est possible. De donner un but, un espoir. On peut déjà trouver le bonheur sur cette terre, on peut le bâtir. Et l’expo prend un malin plaisir à réunir des oeuvres qui nous font nous aussi réfléchir, rêver, méditer, prier même.

Le siècle de More était un siècle de découverte. L’Europe s’est tournée vers les lointains, vers le Nouveau Monde, avec les grands navigateurs, et vers le ciel, avec les astronomes et les physiciens.

Les Européens de cette époque ouvraient les yeux sur un monde très différent, tellement plus riche que le monde tel qu’on se l’imaginait au Moyen-Age. Plus grand. Plus fou. Plus sauvage.

Dans cette Europe en ébullition sont nées des oeuvres qui parlaient de science, de foi, de désir et de passion. Sur les tableaux et les tapisseries de l’expo, les frontières entre ces expériences inhérentes à l’humanité sont floues. Les artistes essaient de représenter le chaos originel ou le mouvement du monde. Mais peut-être que vous préférerez le Paradis, la folie ou la fontaine de Jouvence. On se prend à voir le monde un peu différemment.

L’utopie de Thomas More invite les hommes à rêver et à comprendre, à s’insurger et à imaginer. Peut-être bien qu’on a tous besoin d’une utopie.

Aujourd’hui aussi, on en a des Utopies, on s’imagine des mondes meilleurs sous la mer ou dans l’espace. Les architectes et les scientifiques inventent des bâtiments, voir des morceaux de ville, exemplaires respectueux de la planète. Des philosophes et des économistes repensent des systèmes de production alimentaires plus justes.

On a tous besoin d’utopies, elles nous aident à bâtir nos vies et à construire un monde plus juste. Allez voir l’expo pendant qu’il en est encore temps. Moi, je vais lire Thomas More.

Jean-Guillaume DEMAILLY

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