Dj Battle : « La trap a permis au rap de revenir au-devant de la scène »

DJ et producteur français, DJ Battle – Frédéric Marionnaud de son vrai nom – est un ténor de la scène hip-hop. C’est à l’occasion de la sortie de son dernier clip avec Lexy Panterra « Twerk Lesson » que j’ai rencontré le grand gaillard.

twitter-logo_2Alexis Denous

Comment es-tu tombé dans la musique ?

Jeune, j’écoutais du hip-hop. Je suis né à Orléans et chez nous, comme dans toutes les villes de Province à l’époque, ce genre de son passait uniquement sur Skyrock. J’étais fan de Jay-Z et NAS. En même temps, j’avais ma grande sœur qui écoutait pas mal de rap français, IAM et MC Solaar en tête. Je volais des CD dans sa chambre pour les écouter par la suite. Bon, je n’allais pas très loin avec.  Puis c’est vers l’âge de 13 ans que je me suis décidé à devenir DJ.

Quel a été le déclic ?

La scène de Cut Killer dans le film La Haine.  1995-96, tu manges le film en pleine tête et le déclic s’opère. Puis les passages de Cut Killer à Sky’[rock] c’était un peu la messe, tu entendais toutes les nouveautés à l’époque. Le type allait quand même à New York chercher ses sons ! Depuis je n’ai jamais réussi à décoller du hip-hop et je me suis décidé par la suite à économiser pour m’acheter le matériel nécessaire, que j’ai acquis à 16 ans.

On connaît le prix d’un bon matos. Comment à 16 ans tu as pu acquérir tout ça ?

Comme toutes les personnes de mon âge : en faisant des petits boulots, généralement en rendant service dans le voisinage. Et à côté j’avais un business très rentable, je vendais des CD gravés. À l’époque, une connaissance travaillait dans une boîte d’informatique où il disposait de graveurs 1-X qui n’étaient pas encore inclus dans les ordinateurs. Donc, je suis allé à la médiathèque d’Orléans faire un listing des meilleurs CD du moment puis je vendais tout ça dans la cour de récré. À l’époque je me faisais quand même 700 à 1000 francs par semaine, ce qui était énorme !

Comme quoi, pas besoin de partir dans l’illégal.

Exactement. Fruit du hasard, j’avais mis assez de côté –environ 15 000 francs – quand mon business a coulé avec la sortie des graveurs 2-X inclus dans les ordinateurs vendus en grandes surfaces.

Tu as beau être DJ, tu restes originaire de la scène hip-hop et ça te limite.

Raconte-moi un peu ta montée à Paris et ta percée dans le Game.

À Orléans j’avais comme voisin le créateur du site hiphopgame.com, ancêtre de Worldstarhiphop. T’imagines la lourdeur de la chose! À l’époque, même Eminem avait adoubé le site comme LA référence hip-hop. Il avait créé le site numéro 1 du rap US, depuis Orléans. Bref, à l’époque, l’année de mes 17 ans, avec ce type on entreprend  d’aller à New York  filmer toutes les étapes du hip-hop, depuis les mecs qui vendent leur mixtape sous le manteau à Jay-Z chez Roc-a-Fella. C’est moi qui m’occupais des interviews et par la suite on a eu un passage dans Tracks Magazine. Le rédacteur en chef m’a proposé un poste de journaliste pour l’US juste après. Faut savoir qu’une rédac’ comme celle-là concentrait tout le milieu hip-hop, des organisateurs de soirée aux rappeurs et de là, avec quelques contacts, j’ai commencé à mixer à Paris.

Tu avais une vraie liberté dans les sons que tu passais dans les soirées parisiennes ?

Totalement. Avec les contacts faits grâce au documentaire, j’étais passé Roc-a-Fella DJ. Je passais dans tous les afters du label en plus de vendre pas mal de mixtapes, je pouvais me permettre de passer ce que je voulais au niveau du son. Je ne passais que du rap et il ne fallait pas me parler d’autre chose. Ne connaissant pas les soirées à Paris, je passais ce que je voulais. Les mecs hallucinaient ! Je n’avais pas les codes.

Tu dis n’avoir jamais réussi à décoller du hip-hop. Justement pourquoi ne pas avoir pris le virage électro des années Guetta ?

D’une part je n’en avais pas envie, et ce, même si il y a des festivals où en tant que DJ électro tu te retrouves en communion avec 200 000 personnes. Puis j’en étais tout simplement incapable. J’ai besoin de paroles, d’âme, des vibes du hip-hop. Je ne dénigre absolument pas les artistes électro, ils ont réussi à faire des choses qu’on est incapable de faire dans le hip-hop, surtout commercialement. Il n’y a qu’à voir DJ Khaled, le plus connu des DJ hip-hop, dont l’aboutissement de sa carrière consiste à faire la première partie de Beyonce. Quand tu compares cela au stade que remplit David Guetta tu flippes. Tu as beau être DJ, tu restes originaire de la scène hip-hop et ça te limite.

La Trap a-t-elle changé quelque chose ?

Oui, notamment pour ceux qui ne savent pas trop où ils en sont. Il faut savoir qu’en 2007, David Guetta arrive avec Akon. Là, il rentre « chez nous » [dans le milieu hip-hop], et là, il est malin. Il arrive à faire croire que la nouvelle mode c’est l’électro et la majorité des rappeurs américains tombe dedans : Ludacris etc. le Game change, tu es à 128 BPM. Et aujourd’hui grâce à la trap, tu arrives à re-crédibiliser ton son hip-hop, tu reviens à 70 BPM. C’est un peu dans le sens inverse de ce qu’a fait David Guetta il y a dix ans.

C’est une bonne chose pour la scène hip-hop ?

C’est certain, la trap a permis au rap de revenir au-devant de la scène sous une forme différente et qui, commercialement, cartonne en plus de mettre en lumière les DJ comme Snake ou autres. Mais pour moi, cela reste une mode, comme le crunk. Il faut savoir inclure cette nouvelle tendance sans y aller à fond.

Être le DJ d’un rappeur, comme tu as pu l’être pour La Fouine, c’est en quelque sorte évoluer dans l’ombre de ce dernier. Comment développer sa carrière solo à partir de là ?

Il faut savoir se mettre en avant. Par exemple, lors de nos concerts avec La Fouine, quand il prenait le bus pour enchaîner une autre date, je restais toujours pour mixer dans un club par la suite pour développer mon image. Il faut une véritable volonté mais néanmoins, j’attendais toujours la tournée de La Fouine pour caler la mienne. Ce qui a changé depuis 2014, c’est qu’avec mon manager on cale notre tournée comme on le veut. Ce qui n’empêche qu’on puisse faire des choses avec La Fouine, c’est un super pote et on se connaît depuis une dizaine d’années, c’est toujours un plaisir.  Sinon pour revenir à ta question, la notoriété publique n’est pas la même quand tu es DJ donc c’est plus difficile, c’est vrai.

C’est-à-dire ?

Étant donné que tu officies un peu « dans l’ombre » comme tu dis, les gens sont beaucoup plus tempérés dans leurs réactions vis-à-vis de toi. C’est-à-dire qu’il n’y aura jamais de grand témoignage de haine envers moi, comme ça a pu être le cas pour d’autres artistes. Mais l’effet inverse c’est qu’aucune personne ne s’est jamais évanouie en me voyant. Quand on nous reconnait, c’est généralement : « Hey, cool ton son, on fait une photo ? Merci à plus tard ». Il y a une starification qui est complètement différente, tu peux continuer à acheter ton PQ au Franprix. Ça reste très agréable.

La Fouine, c’est un super pote et on se connaît depuis une dizaine d’années, c’est toujours un plaisir.

J’ai remarqué que tu auto-liké tous tes posts Facebook. C’est une manière de te donner de la force ?

[Rires] C’est plus un réflexe que par égocentrisme. Et puis, si toi-même tu n’aimes pas ce que tu fais, qui va le faire pour toi ? Après c’est vrai qu’on peut totalement s’en passer mais j’aime bien que le post soit en bleu quand je check Facebook.

D’ailleurs, tu es pas mal réactif sur tes réseaux sociaux.

Ça me plaît de discuter avec les gens En général, ils sont super sympas et s’il y a une question sur Facebook, je réponds. Par exemple, la personne qui a fait une remarque sur la sortie du Clip de « Twerk Lesson » pendant le Ramadan, je lui ai envoyé un lien soundcloud.

Est-ce qu’il y a une question qu’on ne t’a jamais posée et que tu aimerais qu’on te pose ?

Tu te vois où dans 15 ans ?

Réponse ?

Avec mon manager on a le projet d’ouvrir  une épicerie de fruits et légumes à Cayenne. Voilà, on va vendre des bananes et des carottes.

Merci à toi DJ Battle.

Propos recueillis par Alexis Denous

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