Sexualité et Islam: compatibles ? Zina Hamzaoui, sexologue, répond

Zina Hamzaoui, sexologue, parle de l'islam et de la sexualité
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La sexualité a longtemps été considérée comme un sujet sulfureux. Spécialement, dans la communauté arabo-musulmane. Sexisme, pudeur, malaise, incompréhension, le rapport à la sexualité a changé avec le temps. Alohanews a été à la rencontre de Zina Hamzaoui, sexologue et sage femme belgo-tunisienne qui a ouvert son cabinet indépendant CoNaissance.

Peux-tu nous parler de ton métier de sexologue ?

À la base, tout était autour de thématiques plutôt liées à l’intimité pendant la grossesse et après un accouchement. Je voyais que c’était un sujet très tabou et peu abordé par le corps médical. Je me suis formée dans le domaine. Et je voulais combattre toutes ces fausses croyances liées à la culture arabo-musulmane sur ces sujets-là.

Rencontres-tu plus d’hommes ou de femmes ?

J’ai plus de patientes que de patients. Pour l’instant. Je pense que le fait d’être une femme, ça entraîne certaines à venir me voir. Le fait que je sois d’origine maghrébine, et le fait que je porte un foulard, ça aide également. Par contre, il y a toute cette idée de « c’est une femme de chez nous qui va m’apprendre à gérer ma sexualité ?« . Et ça, pour certains hommes qui ont un peu une mentalité machiste, c’est assez difficile. Mais une fois qu’ils passent la porte du cabinet, ils ont confiance, ça les rassure. Souvent, les hommes sont motivés par leurs femmes. Parfois, c’est grâce à un article que j’ai écrit ou un de mes passages à la radio. Mais en général, la sexologie, c’est une histoire de bouche à oreille.

Je suis normal, si j’ai du désir

Quels sont les plus gros problèmes liés à la sexualité que tu rencontres le plus ?

Les problèmes le plus présents touchent le désir, autant chez la femme que chez l’homme. On a souvent cette fausse idée que c’est davantage la femme qui n’a pas d’envies sexuelles. Ensuite, il y a le problème du vaginisme. Malheureusement, c’est un problème très fréquent dans la communauté arabo-musulmane suite à l’absence d’éducation sexuelle. Ce qui fait que ce sont des femmes qui se marient et qui découvrent leur sexualité une fois mariée. Leur corps se contracte tellement, puisqu’elles ont baigné dans l’idée que parler de la sexualité était tabou, une forme de « honte ». Le rapport devient impossible. Et ça se traite en quelques séances, mais c’est vrai que rien que le fait de prendre rendez-vous chez une sexologue, c’est la plus grosse partie du travail.

Zina Hamzaoui, sexologue, parle de l'islam et de la sexualité.

CoNaissance, cabinet indépendant de Zina Hamzaoui.

Et chez les hommes ?

Pour les hommes, il y a deux problèmes qui reviennent souvent. D’une part, le problème de la dysfonction érectile qu’on appelle « l’impuissance » et d’autre part, le problème d’éjaculation prématurée. Des problèmes qui touchent près d’un homme sur trois. Ces problèmes sexuels sont encore plus tabous chez les hommes parce que ça touche à leur virilité. Parler d’un problème, c’est quelque chose. Un problème intime, c’est encore autre chose. Accepter de se faire aider, ça en est une autre.

Plus tôt, les problèmes sont pris en charge, plus tôt, ils peuvent être traités. Plus le problème est installé, plus le corps s’habitue à cette manière de fonctionner, qui n’est pas saine. Ces dysfonctionnements peuvent être causés – par exemple – par des soucis organiques tels que des tensions artérielles ou de diabète.

La sexualité féminine est niée dans toutes les communautés

Penses-tu que l’islam et la sexualité sont compatibles ?

On peut tout à fait mettre le mot Islam et sexualité dans une phrase sans que ça soit négatif, au contraire. Il faut savoir qu’en Islam, la sexualité a été permise dans le cadre du mariage. Mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas d’éducation sexuelle à faire en amont. Et ça, c’est une grosse erreur que la majorité des parents font. Ils ont mélangé la religion avec la culture. Vu qu’ils ne sont pas à l’aise eux-mêmes avec ce sujet, ils vont directement parler d’interdit. Ils vont utiliser le côté religieux pour excuser leur malaise. Alors que c’est juste culturel.

Zina Hamzaoui, sexologue, parle de l'islam et de la sexualité.

Zina Hamzaoui, sexologue. / © CEM

Comment vois-tu le tabou autour de cette question ?

La jouissance n’est pas interdite loin de là, elle est juste naturelle. Et une fois que ça a été compris, il y a comme un poids qui est enlevé des épaules. « Je suis normal, si j’ai du désir« . Ça veut juste dire que l’être humain est en vie, que son corps s’exprime. Il a du désir et c’est un signe de bonne santé. Le fait de culpabiliser les gens par rapport à ça, le fait de mettre cette touche d’interdit un peu partout, ça pousse les personnes à ne plus écouter son corps. Ce qui provoque un problème d’épanouissement sexuel au sein du couple. Au point où quand un homme et une femme se marient, ils ne s’autorisent pas certaines pratiques à deux. Il y a toute cette notion de la femme qui ne peut pas être la maîtresse. Alors que pas du tout ! Il y a des hommes qui ne se lâchent pas au niveau sexuel parce qu’ils mettent leur femme sur un piédestal. « C’est la mère de mes enfants, c’est quelqu’un que je respecte. » Ils ne peuvent pas laisser place à toutes leurs fantaisies. Alors qu’en Islam, les choses qui sont interdites – dans le cadre du mariage – c’est la pratique de la sodomie et les rapports pendant les règles. L’Islam est assez permissif au niveau de la sphère intime.

Dans notre société, la sexualité masculine est beaucoup plus traitée que la sexualité féminine. Est-elle négligée ?

La sexualité féminine est niée dans toutes les communautés. Les recherches sur l’anatomie féminine sont récentes. Ça date de moins de 20 ans. Pour dire à quel point, on est encore novice là-dedans. C’est un sujet tabou. Un homme qui va avoir un dysfonctionnement érectile va vite consulter, et on va l’aider. Une femme qui va dire qu’elle ne ressent rien pendant les rapports, on va lui parler de fatigue, de rythme de vie trop prenant. Comme les gens ne sont pas outillés sur le sujet, les patientes sont mal conseillées. Elles finissent par ne plus écouter leur mal-être et à se dire que finalement ce n’est pas important, s’il n’y a pas d’infos dessus.

Penses-tu qu’il y a une réelle ouverture d’esprit qui se fait sur ces questions-là ?

Tout à fait. J’ai beaucoup de discussions avec des parents qui sont dans la parentalité positive. Il y a ce souci d’éducation sexuelle qui existe, mais ils ne veulent plus refaire les mêmes erreurs que leurs parents.

Propos recueillis par Ayaan Abdirashid

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