The Reminders : « La paix est un acte militant »

Le groupe américain The Reminders se démarque du paysage hip-hop. Le groupe est composé de Big Samir et de Aja Black, un couple lumineux qui chante la paix. Nous avons rencontrés les deux concernés, de passage à Bruxelles, pour un entretien familial.

Bonjour The Reminders, bienvenue en Belgique ! Première question : Qui sont The Reminders ?

Big Samir : The Reminders c’est Big Samir et Aja Black. Un jeune groupe en couple du Colorado.

Quel est le parcours du groupe The Reminders ?

Big Samir : On a commencé, j’étais artiste, elle était artiste aussi puis on s’est mis ensemble en couple. De là on a fait une ou deux chansons ensemble comme ça et puis on avait de plus en plus de chansons et un jour on s’est dit « Ok, on peut mettre ça sur un CD ! ». C’est comme ça que ç’a commencé, ce n’était jamais planifié en fait. Après on a fait un CD ou deux, de là on a pris ça sérieusement et on a commencé à vendre des centaines de CD’s. On a commencé à faire des concerts et tout ça. On a commencé ça au Colorado puis on a tout doucement commencé à Chicago, New York petit à petit ça a grandi et voilà on est ici maintenant, on a fait des tournées avec Lauryn Hill et autres. On a fait des premières parties avec beaucoup de gens : Snoop Dogg, Nas, vraiment tout le monde et maintenant on est ici en Belgique pour partager notre son, partager la musique, pour partager notre histoire.

Quand vous allez dans des pays étrangers, où les gens ne parlent pas anglais, ressentez-vous la barrière de la langue ou est-ce que l’esprit du Hip-Hop transcende cette limite ?

AB : Je pense que le Hip-Hop rassemble les gens. On a fait un concert à Mexico, personne ne parlait anglais, on a commencé à prester et tout le monde a suivi ! Ça n’a pas d’importance parce qu’ils ressentent l’énergie et l’énergie fait que les gens se rassemblent. C’est pour ça que le Hip-Hop est si beau, car chacun à travers le monde peut en faire partie et peut se réunir sous le même emblème.

C’est révolutionnaire de parler de paix en temps de guerre !

Certaines personnes disent que le Hip-Hop n’existe plus aujourd’hui avec les valeurs d’individualisme et de consumérisme véhiculées dans le rap game. Alors je vous demande quelle est votre définition du Hip-Hop (d’) aujourd’hui ?

AB : Il y a une chanson sur Black on both sides de Mos Def dans laquelle il dit « Les gens se demandent ce qu’il se passe avec le Hip-Hop, je dis que le Hip-Hop c’est nous, que le Hip-Hop sera peu importe ce que nous ferons. ». Maintenant, la jeune culture urbaine (comprendre la jeunesse urbaine) est obsédée par le consumérisme donc la musique le reflète. Quand nous sommes arrivés dans le Hip-Hop, les jeunes étaient obsédés par l’activisme ; ils voulaient de meilleures choses, de plus beaux endroits donc les jeunes ont fait de la musique rebelle. Maintenant les jeunes veulent de la musique commerciale parce qu’elle reflète la nature des gens. Les enfants disent « Je veux un Ipad, je veux un Iphone, je veux ça,… », et c’est la même chose pour le Hip-Hop, comme le Hip-Hop reflète les gens, peu importe comment ils seront, la musique les reflètera.

Est-ce que la foi occupe une place importante lors de la phase de production de votre musique ?

BS : Quand on écrit, on écrit l’histoire de notre vie, l’histoire de ce qu’il se passe tous les jours dans notre vie et ça inspire les paroles en fait. Donc ce n’est pas comme si on avait planifié « Ok on va écrire à propos de ça exactement » non. Mais ça rentre en ligne de compte vu que c’est une partie de notre vie.

AB : Pour moi, notre foi est vraiment importante parce que c’est ce qui nous inspire et nous motive pour aller de l’avant et pour essayer d’inspirer et de motiver les autres. Les gens n’ont pas à penser la même chose ou vivre de la même manière que nous. C’est comme pour Bob Marley, les gens qui aiment Marley ne se disent pas forcément « Je dois être rasta maintenant ». C’est le message : notre foi nous encourage à aider les autres, leur foi reste. Mais nous, on essaie de faire en sorte que les gens aient plus foi en eux !

En France ou en Belgique les citoyens n’ont plus foi dans la politique/les politiciens en partie parce que l’extrême droite augmente et que les partis politiques traditionnels ne sont plus efficaces. Certains citoyens préfèrent croire à l’art, la culture, comme la musique, pour véhiculer des messages. Êtes-vous d’accord avec ça et quelle est la situation aux États-Unis à ce propos ?

AB : Je pense que c’est une bonne chose. On a plus de jeunes artistes qui parlent de choses très sérieuses dans leur musique comme J.Cole, Kendrick Lamar, Vic Mensa et même Chance The Rapper. Je pense que l’on voit plus d’art maintenant et quand l’art est utilisé comme une rébellion contre les partis politiques dépassés, on voit quand les gens commencent à croire plus dans les personnes justes. Vous verrez beaucoup plus d’art partout parce que beaucoup de mouvements artistiques naissent d’une forme de protestation. Les gens protestent et vous voyez l’explosion d’art, de musique même du graffiti. L’art est une manière de prouver son existence. La voix du peuple se fait plus forte et les gens se regroupent contre une chose commune comme les partis politiques obsolètes ou l’extrême droite.

Nous avons pu le voir avec le mouvement “Black Lives Matter” aux États-Unis. Ce sont des problèmes politiques et sociaux, mais ce ne sont pas les politiques qui en parlent. C’est très important parce que ces problèmes concernent directement les responsables politiques, mais ils n’essaient pas de changer les choses.

AB : Oui, les politiciens ont tendance à criminaliser des mouvements tels que le “Black Lives Matter” ou les Black Panthers. Quand les gens ont été oppressés pendant trop longtemps, à un moment ils disent « On n’en peut plus ! ». Et la culture du « protest » a toujours été entourée par la musique et l’art visuel. Donc quand vous voyez plus d’art, ça signifie que les gens sont en train de changer leur façon de penser ou qu’ils commencent à raconter ce qu’ils ressentent. C’est mon avis. La dernière fois que je suis venue en Belgique, je n’avais pas vu tant de peintures murales/fresques que ça. Maintenant j’en vois partout, où que j’aille il y a un évènement musical, tout le monde a une opinion à propos de quelque chose qui leur tient à cœur. Je vois les sentiments des gens de Bruxelles se refléter dans l’environnement par le biais de l’art.

 

Pensez-vous que parler de paix aujourd’hui s’apparente à/est un acte militant ?

AB : C’en est un oui ! Vous pouvez voir la différence par vous-même parce que parfois vous êtes la personne qui dit « Nous avons besoin de paix ». Les gens vous disent alors « C’est parce que tu es faible, parce que tu ne sais pas te battre que tu veux la paix ! », mais ce n’est pas vrai ! La paix c’est promouvoir la compréhension entre les gens, c’est écouter, c’est essayer de comprendre avant de se battre ou quand il y a une bagarre en cours c’est s’interposer et dire « Attendez, on doit être à l’écoute de l’autre ! ». Je pense que la paix est un acte militant parce qu’on doit faire face à un milieu en guerre. D’abord c’est un acte fort et ensuite c’est un acte plus doux pour rassembler les gens. C’est révolutionnaire de parler de paix en temps de guerre !

Tu disais un truc important « comprendre c’est quoi ma paix et celle des autres », c’est quoi ta forme de paix à toi ?

BS : Ma forme de paix à moi c’est que mes enfants grandissent sachant qui ils sont, d’où ils viennent.

Dernière question : pensez-vous que votre musique, votre genre de musique est également un acte militant en soi ?

BS & AB en chœur : Oui !

AB : Oui particulièrement parce que nous sommes une famille noire (qui est ensemble). Il dit « Voici ma femme, je l’aime » et nous disons « Voici nos enfants, nous les aimons », « Voici des amis de différents endroits nous les aimons ». Tout le monde ne comprend pas ça. Tu sais dans le milieu du Hip-Hop c’est plus « On veut des meufs » et on ne voit pas d’homme assez fort pour dire « C’est ma femme, je l’aime et je la garde près de moi » ou une mère dire « Voici mes enfants, je peux réussir et avoir des enfants aussi. ». Je pense que c’est révolutionnaire pour les gens de voir ça. Parfois quand on est en tournée avec d’autres artistes hip-hop et qu’ils nous voient en famille, ils disent « Je vais acheter un ticket d’avion pour ma femme parce que je veux qu’elle vienne » ou « les gars, je devrais faire venir mes enfants maintenant ! ». Parce qu’on a les enfants avec nous et que les gens savent que ça fait du bien. Je pense que c’est un acte militant de continuer de s’affirmer comme une famille africaine ou marocaine ou n’importe quelle famille en disant « Nous sommes ensemble ».

Propos recueillis par Nikita Imambajev

ENGLISH VERSION

Hello The Reminders, welcome to Belgium ! First question : Who are The Reminders ?

Big Samir : The Reminders is Big Samir and Aja Black. Young group in couple from Colorado.

What’s the story of the group The Reminders ?

Big Samir : At the beginning, I was artist, she was artist too. Next we lived together and we created a group in couple. From that point we started to make one or two songs together. Over time when we started to have a lot of songs we said “Ok, let’s record it and make an album !”. That was the beginning of our story, it was never planned. After that we started to make one or two CD’s, we took those things seriously and we sold hundreds of CD’S. We started to make some concerts. We started it in Colorado and after softly in Chicago, New-York. It grew up and now we’re here ! We did tours with Lauryn Hill, first places with Snoop Dogg, Nas, with a lot of big people and now we are here in Belgium to share our music and our story. Little by little we make it !

When you go to foreign countries where people don’t speak English, do you feel the barrier or the Hip-Hop spirit breaks this limit ? 

AB : I think Hip-Hop brings people together. We had a show in Mexico and none of the people speak English and we started to perform and everybody « Oh eh Oh eh ». It doesn’t matter because they feel the energy and the energy makes it and makes people come together you know. That’s why Hip-Hop is so beautiful because everyone over the world can be a part of it and be together on the same way.

Some people told the Hip-Hop doesn’t exist today with individualism, with the consumerism values in the rap game and all of that stuff. So what’s your definition of the Hip-Hop today ? Do you feel the spirit of this movement today ? 

AB : There is a song that Mos Def has on Black on both sides where he says « People ask what’s goin’ on with Hip-Hop and I say Hip-Hop is us, Hip-Hop does whatever we’re doing. ». So now the youth culture, urban youth culture they obsess with consumerism so the music reflects this. When we were coming the youth were obsessed with activism like we want better things, we want better places so the kids made rebel music. Now the kids make commercial music because it reflects the nature of the people. Now smart children say « I want an Ipad, I want an Iphone, I want this » that’s all people are thinking so the music reflects this you know. And it’s the same for Hip-Hop, Hip-Hop reflects the people so whatever the people are, the music will reflect this.

You told about the youth people who are the reflect of the society today. Which kind of people are interested about Hip-Hop values but not the commercial values ? Because we have a lot of young people interested to the Hip-Hop values and all of that stuff. So which kind of people are interested in ?

AB : So there’s programs now like for example Mazi our friend he’s the founder of “Words Beats & Life” it’s his program where he teaches children the fundamentals of Hip-Hop culture and how they apply to improving your person and improving your life and improving your community. So whereas people make here music about commercialism is very objective. He says the Hip-Hop is about becoming something better for yourself, for your family, for your community. So now you’re seeing more people that are being told how Hip-Hop begins. Even the show “The get down” is talking about how Hip-Hop comes from people with nothing and that’s why all over the world you see Hip-Hop because so many places people have nothing, they have nothing. And so they can tell their story with the music. Hip-Hop is goin’ from partying now, it’s slowly going to just story-telling where people are telling stories. So I think the kind of people that know the assent (/essence) of Hip-Hop culture are people who are ready to hear the stories and ready to tell the story.

I have an other question : does the faith have a big place in the production of your music ? 

BS : When we write, we write the story of our life, our everyday story so that’s what inspires the lyrics. It’s not like we planned it like “Ok we’ll speak precisely about this” no. But it’s a part of it because it’s a part of our life.

AB : For me, our faith is very important to us because it’s what inspires us and motivate us to go and try to inspire and motivate other people. People don’t have to think the same or live the same way. Like Bob Marley people who love Marley don’t say « I have to be rasta now ». It’s the message : our faith keeps us going to help other people you know their faith is for them but we try to give people more faith in themselves.

In France or in Belgium the citizens don’t believe in politics today you know because the far right grows up and the traditional political parties are not efficient any more. Some people believe in arts, in the culture like music to give messages. Do you agree with that and what’s the situation in the United States about that ? 

AB : I think is good. We have more artists now in the U.S. like J.Cole, Kendrick Lamar, Vic Mensa and even Chance The Rapper they’re young but they talk about very serious things in the music. I think you see more art now. And when art is used as rebellion against the, what’s normal, old politics you see when people start to have more faith in just people. You’ll see so much more art anywhere because a lot of art movements start as a form of protest you know. People are protesting something and so you see explosion of art and music even graffiti. Art is how you prove your existence you know. The voice of people get louder and people get together against a common thing like old politics or the far right.

Because when we see like a « Black lives matter » thing in United States we think it’s a political and social issues but it’s not the political person who talk about it. It’s like citizens and the artists. That’s real stuff because it concerns the political issues, the person but it’s not this person who talk about this, who need to change stuffs.

AB : Yeah, politicians have a tendency to criminalize movements like this, like « Black lives matter » and the Black Panthers. When people have been oppressed for so long then they just say « We are tired of this » you know. And the culture of protest always is surrounded by music and visual art always. So when you’re seeing more art it means more people are starting to change their mind or they’re starting to tell how they’re feeling. It’s my opinion. In Belgium, the last time I come to Belgium, I didn’t see so many murals everywhere. Now everywhere I go is murals everywhere I go is a music event everyone has an opinion about something they want to talk about. So I can see the feelings of the people of Brussels reflected in the environment through the art.

Do you think to talk about peace today is a militant act ?

AB : It is yeah ! You can see the difference by yourself because sometimes you are the person who says « We need peace ». People tell you « It’s because you are weak because you can’t fight that’s why you want peace » but this is not true. Peace is promoting understanding between people, is listening, is trying to figure it out before you have to fight or when fighting is going on saying « Wait wait we have to listen to each other » you know. And so now I think peace is militant act because you have to stand in a middle of war. First it is very strong act and then it’s a very kind act of soft act to put people together. It’s revolutionary to speak of peace in times of war !

You just say an interessant thing “understanding what’s your own definition of peace because my definition is not necessarily yours”. So what is YOUR definition of peace ? 

BS : My definition of peace is that my children can grow knowing what they are and where they are from.

Maybe the last question : do you think your music, your form of music is like a militant act too ?

BS & AB : Yeah !

AB : Yeah especially because we are a black family that is together. He says « This is my wife I love her » and we say « These are our children we love them » « These are different friends from different places we love them » not everybody understands this. You know in Hip-Hop culture the men and the women it’s like « Oh we want the girls » and we don’t see a man being strong enough to say « This is my wife and I love her and keep her close » or a mother saying « These are my children and I can be successful and have my children too ». I think it’s revolutionary for people to see this you know. Sometimes when we travel on tour with other Hip-Hop artists and we aren’t together he says « I’m gonna buy a plane ticket for my wife now because I want her to come » or « Men I should bring my kids now”. Because we have children with us and people know this feels good you know. And I think this is a militant act to stand as a black family or a morrocan family or whatever family and say « We are together ».

Nikita Imambajev

Nikita Imambajev

Fondateur & rédacteur en chef d'Alohanews. Convaincu que le regard d'un jeune banlieusard sur le monde peut-être une alternative. L'urbain pour étendard.

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