Redk : « On a vu des rappeurs finir aux oubliettes »

Issu du groupe Carpe Diem, Redk porte la technique lyricale comme une seconde peau. Il y a plus de dix ans, le rappeur déclarait sa flemme au hip-hop. Après divers projets en groupe et notamment un album en commun avec Soprano, Redk est arrivé, le 10 mars dernier, avec son tout premier album solo. Intitulé « Chant de vision », l’opus a le rap français en ligne de mire. Le MC qui allie la forme et le fond se livre à Alohanews.

« Chant de vision » est ton premier album solo. Quelles sont tes attentes avec un tel projet ?

Dans un premier temps, que les retours soient bons et que toutes les personnes qui attendaient l’album n’aient pas l’impression de s’être fait duper (Rires). Par la suite, si les ventes suivent la satisfaction du public, ce serait parfait.

Ali de Lunatic fait partie de l’aventure « Chant de vision ». Pourrais-tu nous parler de cette connexion ?

Le morceau a été entamé il y a un an environ. Ali n’avait pas encore posé sur la maquette à l’époque. Lorsque je bossais sur le morceau, nous étions en plein soulèvement arabe et tensions en Syrie. Le thème a donc été inspiré par l’actualité. Quant à Ali, j’ai toujours eu beaucoup d’estime envers lui musicalement parlant. Après notre rencontre, j’ai découvert qu’humainement aussi, il est au top ! Le fait qu’il ait accepté l’invitation sur le morceau m’a fait vraiment plaisir !

Ton dernier projet « E=2MC’s » a été réalisé avec Soprano. Quel bilan tires-tu de cette expérience?

 Une très bonne expérience rapologique avec le frère Sopra. Avec ce projet, nous avons vraiment su joindre l’utile à l’agréable. Du bon son dans la bonne humeur. Pour moi, c’était encore une autre manière de travailler. Faire un album avec un gars qui n’est pas de ton groupe, c’est un peu un bond vers l’inconnu. Résultat des courses, le feeling est passé direct.

« N’oublie pas que t’es pas prophète, t’es pas braqueur, t’es pas acteur t’es juste MC ». Selon toi, quel est le rôle d’un artiste urbain ?

De faire valoir la musique urbaine. Rien d’autre. Chacun le fait comme il veut, à sa manière. Aujourd’hui, nous sommes héritiers de cette musique et nous avons la chance d’être entendus. Autant tout faire pour donner de la qualité. Sinon pour la phrase, ça voulait surtout dire « reste à ta place, ne te prends pas pour ce que tu n’es pas ».

La grande majorité des acteurs du rap français sont unanimes quant à ton talent. Tu dis « Que ceux qui disent REDK t’es un tueur seront les premiers à me tuer ». Méfiant face aux éloges ?

Complètement ! D’autant plus que ces derniers temps, on a vu une flopée de rappeurs, dits « tueurs », finir aux oubliettes après la sortie de leur album. Tués par les mêmes personnes qui jetaient des fleurs. J’apprécie les compliments adressés à mon son, mais je ne m’endors pas sur les compliments… aussi confortables soient-ils (Rires).

Dans un morceau en collaboration avec Scylla, tu dis « Un black, muslim, rappeur : v’la tous les maux du monde en une personne ». Quel regard portes-tu sur ces préjugés et quelles en sont les causes ?

Les préjugés existeront tant que l’homme existera. On est donc obligé de composer avec. Les causes sont la bêtise de ceux qui caricaturent telle ou telle race, telle ou telle religion ou je ne sais quoi d’autre. Ceux qui donnent du grain à moudre aux premiers ont également une responsabilité, car il n’y a pas de fumée sans feu. Pour ne pas être critiqué, il faut savoir se rendre incritiquable. Personne n’est à l’abri pour l’instant malheureusement.

L’année 2013 a été secouée par le beef entre Booba, La Fouine et Rohff. Cette année, c’est le tour de Booba et de Kaaris. De Marseille, quelle est ta vision des clashs qui animent le rap ?

Ils ne sont pas dans mon champ de vision ! Personnellement, je m’en moque royalement.

Que penses-tu de la forme du rap français actuel vu que ton souci « c’est qu’il soit mieux maintenant » ? Quels sont les derniers morceaux qui tournent sur ta playlist ?

J’ai kiffé « Deglingos », le dernier Ol kainry en featuring avec Dany Dan. Le morceau de Deen Burbigo avec Nemir était bon aussi. Il y en a beaucoup. Par ailleurs, aujourd’hui il y en a pour tous les styles et tous les goûts. Bref, tout le monde peut s’y retrouver. Au niveau des prods, on a du très costaud désormais en France. Il n’y a rien à dire à ce niveau. Tandis que le rapport qualité/quantité des rappeurs est moins bon qu’à l’époque. Mais attention, ça ne veut pas dire qu’il y a moins de bons mc’s. Au contraire !

Propos recueillis par Nikita Imambajev

 

Nikita Imambajev

Nikita Imambajev

Fondateur & rédacteur en chef d'Alohanews. Convaincu que le regard d'un jeune banlieusard sur le monde peut-être une alternative. L'urbain pour étendard.

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