Tupac : All Eyez On Him

1995 signe son clap’ de fin sous la neige d’un des hivers les plus hard !  13 ans, toutes mes dents, j’expérimente une soirée du Nouvel An à me faire refuser l’entrée de simples soirées avec mes potes !

La température m’atrophie la jambe gauche, mais l’hémisphère droit de mon cerveau me permet d’être encore plus créatif pour me donner le droit de m’auto-balancer quelques sons que j’espérais, alors, trouver dans un des lieux qui me refuseront son accès tout au bout de la nuit ; fallait dire que l’éclosion de Brandy, Monica, Adina Howard, Brownstone, pour ne citer « que » çà, aurait poussé la plus pure des âmes à se trahir le temps d’une rée-soi !

Côté Rap Français, la lumière issue de l’ombre d’Iam, le combat en prose de Solaar et le Bombardement de Paris de NTM, entremêlés de quelques vers anthologiques issus de l’album « La Haine » qui me rappelait de dire de chaque portier « sa mère il m’a enfermé dehors ! », nous laissaient entrevoir le meilleur pour cette deuxième moitié de la décennie estampillée 90, histoire de ne pas finir la décade en Guet-Apens si je puis utiliser cette « expression direkt »

Pour le kif, Jordan marquait son retour et les Bulls ne savaient pas, à cet instant précis, qu’ils repartaient à la conquête d’un nouveau triplé avec, à la clé, le record NBA de 72 victoires*.  Fétichisme oblige, la Jordan 11 m’a « tuer» …

Pour ma part, je ne savais pas, de sitôt, que l’année 96 allait nous choquer, nous mettre d’accord et nous plier encore plus profondément que le Nigeria aux JO d’Atlanta.

5000km plus loin, l’annonce-choc de ce que je nommerai, de manière assumée, l’album des 20 dernières années suscite les plus grosses curiosités d’une époque qui divisait le monde en 2 :

–       Ceux et celles qui achetaient les Rapmag’ et savaient qu’ils devront se procurer le CD à sa sortie

–       Ces mêmes gens qui devront faire des copies de K7 à 90% de leurs pauvres ami(e)s …

Une seule sorte de gens au final!

Bref, outre-Atlantique, quelque part aux States, un gars, incarcéré, s’apprête à mettre sur pied cet album.  Avec pour inspiration profonde, quelques textes de politiques et de spiritualité pour rester fidèle à sa tradition familiale qui rappelleront plus tard au monde entier que Dieu seul peut le juger.

 

Cet homme, c’est 2Pac Shakur, un nom qui, à nouveau, marque cette fusion entre la politique (Tupac Amaru, un grand résistant péruvien) et la spiritualité (Shakur signifie reconnaissant, un des attributs de Dieu) qui l’animent au travers de ses flows ! On ne peut pas réduire la vie du ‘Pac à quelques lignes, alors on va juste essayer d’en parler un petit peu, soyez indulgents !

4 albums auparavant, nous avons eu l’honneur de le tester sur « Holla if you hear me », « I get Around », « Keep ya Head Up », et bien sûr, « Dear Mama » sur l’anthologique « Me Against The World » …  Côté visuel, Above The Rim et Poetic Justice nous permettaient de saisir le visu du personnage chauve si nous n’avions ni MTV ou encore moins MCM.

 

Je n’ai cité que Me Against The World, car la marque de 2Pac est unique ; seul contre tous, il développe un style propre à lui mêlant ses influences new-yorkaises, son héritage résistant et une ode à la femme au travers des albums … qu’elle est loin cette époque pour pas mal de MC’s!  Ce côté unique, c’est celle du Thug Life, cette vie de « voyou » qu’il exalte tant, car elle lui permet de retourner les clichés que l’Amérique lui renvoie en se jouant des stéréotypes.  Thug life car, comme il l’a si bien dit à cette époque « I’m not a Gangster, I’m an Artist ».

La Thug Life, c’est aussi cet esprit d’entreprise qui aurait mené tous ces opprimés à marcher sur Wall Street, à ne plus dépendre des food stamps, des donations et des restes d’un privilège bien souvent racialisé dans une société américaine victime du spectre de la binarité noir/blanc. Entreprise et éducation populaire au programme … rien que ça ! 2 ministères financés par la rime et l’intelligence d’un Robin des Bois des temps modernes.

Je cite à nouveau Me Against The World, car c’est en prison, seul contre tous, que cet album consacrera ‘Pac comme le seul artiste à dominer les Charts tout en purgeant sa peine … la Thug Life !

La Côte Est l’a éduqué, façonné au fil de ses parcours dans les villes du Nord (New York, Baltimore) bastion des combats vivaces pour plus d’égalité et de droits civiques … La West Coast lui donnera sa consécration artistique.  Death Row, maison abritant des pépites comme Snoop & Dre saisit l’occasion par son homme de fer, Suge Knight, pour le faire signer, à sa sortie, le « une caution contre 4 albums » deal.

13 janvier 96, le premier double album de l’histoire de cet art sort : « All eyez on me » le 9 platine, avec pour premier single « California Love » qui choquera tous les amoureux de la Thug Life, ces artistes des rues oubliés, férus de motos et de quads.  Le style Mad Max nous rend fous et nos pauvres potes font turbiner les Maxell et Sony 90 minutes (+60, double album oblige !) pour bonifier nos oreilles toujours à la recherche d’elixirs auditifs pourtant non rares à l’époque.

 

Prémonition ou pas, nous savions TOUS que nous avions à faire à l’album rap du siècle… enfin presque, y a tout de même Illmatic, Ready 2 Die, Chronic, mais c’est un tout autre débat.

Un électrochoc d’éclectisme où le ‘Pac nous montre toutes les dimensions d’un être humain : la haine (Can’t C Me), l’amour (Run The Streetz), la foi (Only God can Judge Me), l’egotrip (Holla at Me), la bienveillance (Shorty Wanna Be a Thug), la provocation (Picture Me Rollin), l’esprit de clan (California Love), la morale (Wonda Why they Call U bitch), la maturité et la compréhension (I ain’t Mad at cha) …

Au final, est-ce l’impression d’être dans le Couloir de la Mort (Death Row) qui pousse 2Pac à nous lâcher ce condensé de personnalité, un peu plus provocateur que d’habitude, mais toujours fidèle à ses idées et son esthétisme? Peut-être ! Car la suite, on la connaît : il ne finira pas l’année, à notre grand dam, et nous quittera le 13/9, avant la sortie de The Don Killuminati sous le nom de Makaveli, comme pour nous faire rappeler que malgré tous les albums posthumes qui suivront, un gars nous a livré sa dernière carte … dans le Couloir de la Mort.

 

Après tout, c’est ce type d’œuvre qui est faite pour durer, celles vécues à fond, comme une lettre d’un accusé à tort en quête de rédemption :

La France a connu « Le dernier Jour d’un condamné » de Victor Hugo.

J’ai connu « All Eyez On Me » de 2Pac.

Youssef FARAJ

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