Mon voisin à moi est sympathique

Bruxelles, bienvenue dans ma ville.

On dit qu’il n’y a que les montagnes qui ne se croisent pas,

Mais je te parie que dans un immeuble, certains regards ne s’effleurent même pas.

Tu as surement connu cette sensation bizarre de devoir prendre l’ascenseur avec un voisin.

Tu prends ton téléphone en faisant semblant de parler à quelqu’un.

Tu baisses ton regard avec l’espoir de ne parler de rien.

Parce que, de toute façon, tu ne le connais pas. Et puis, t’as pas envie.

Les voisins sont les personnes partageant le même immeuble, parfois le même palier ou habitant juste le quartier.

Je vous présente ma voisine. Elle s’appelle Michèle.

Elle aime les fleurs, mais de son lit elle ne peut que les imaginer.

Elle chante, mais son seul public est ces mêmes murs qui ont tout vu.

Témoins de ce passé où Michèle était belle et se laissait charmer par son mari.

Comme au premier jour, il lui fit la cour et l’a séduite.

Ces mêmes murs jaunis par le sang, marqués par l’absence,

Avoir des enfants et vivre sans, rêver n’a plus de sens,

C’est la vie de Michèle. Elle a quasi 100 ans. Elle était seule et pleurait la compagnie d’un ami. Ça, je ne l’ai su que très tard. Trop tard. A ton enterrement, le monde disait que tu étais brave, gentille et discrète. Mais, à ta porte, personne n’a su frapper pour prendre de tes nouvelles. Et te rappeler comme tu es belle.

Sur le palier, un homme frappe à la porte de chez lui, en clamant des vers d’amour à celle qu’il a blessée. Cela fait des heures qu’il demande pardon. Il crie sur le palier. Au même moment, un taximan de nuit sort pour l’engueuler. Il aimerait faire ses nuits sans vouloir être dérangé.

Dans ma rue, un homme sort tous les matins acheter une canette de bière et des gaufres. Chaque matin, il sort au même moment, habillé de mêmes vêtements, avec ce même air nonchalant. Les petits du quartier aiment dire de lui que c’est un psychopathe qui tue des enfants. Alors qu’en réalité, personne ne sait qui il est vraiment.

Dans mon quartier, il y a une famille avec plein d’enfants,

Ils sont beaucoup, mais alors beaucoup !

Quand j’étais petite, je rêvais de faire partie de leur famille,

Parce que moi qui étais enfant unique, j’étais sûre qu’on devait s’amuser.

Quand on était autant entouré,

Aujourd’hui, ils sont tous mariés et ont eu des enfants,

Bizarrement, la maison est moins animée qu’avant.

J’avais une voisine qui nous descendait toujours un peu du plat qu’elle mangeait. Je ne comprenais pas, mais je trouvais ça tellement gentil. Ma mère m’a dit qu’au pays, on faisait toujours plus à manger pour que les voisins puissent venir manger si l’odeur de la nourriture leur donnait envie. Je n’imagine même pas la tête de mon voisin aujourd’hui. Si je lui dis : « Venez vous joindre à nous, j’ai fait des spaghettis ! »

Je pourrais raconter la vie de mes voisins un par un. Ou plutôt ce que je crois en connaître.

On se sourit pour les plus sociables.

On s’évite pour le plus grand nombre.

On ne se connaît pas pour la majorité.

Même si on habite le même quartier.

Mais une fois le linceul blanc jeté, nous dirons tous qu’il était discret et sympathique.

Yousra DHARY

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