[OPINION] Elle

Elle-chronique

Dans une bourgade non loin de la métropole bruxelloise, un petit chalet a laissé s’évader des odeurs de viennoiseries et de pâtisseries. Derrière ces parfums, on pouvait également humer le repas concocté par les mains d’une femme aimante se languissant de voir arriver son époux.

« Hello chérie, j’ai une réunion ce soir j’aurai donc du retard. Ne m’attends pas pour dîner. Je t’aime »

Exit le tête-à-tête en amoureux. Bonjour le Tupperware. Elle qui voulait profiter de cette soirée pour lui annoncer la bonne nouvelle. Dans quelques mois en effet, le duo fusionnel laissera la place à un tendre trio. Son bonheur devra attendre avant d’être partagé. Qu’importe. Attristée par l’absence de son prince charmant, la belle décida de ne point déguster les mets qu’elle avait préparés, préférant patienter jusqu’à son retour. Elle profita de ce temps libre pour vaquer à certaines tâches ménagères. Une maison se doit d’être propre pour qu’un amour puisse y vivre paisiblement. Balais et torchons furent donc invités à la soirée. Dure corvée. Mais le jukebox se mit à jouer la chanson de leur mariage. De quoi lui donner de l’énergie. Chaque salissure fut bannie, chaque poussière fut soufflée, chaque meuble fut nettoyé. Le labeur se lisait sur son visage, mais son coeur venait nettoyer chaque goutte de sueur. Même si les jambes de la pauvre femme avaient souffert durant sa journée au travail, elle refusa d’ouvrir la porte au repos. Pourtant ses copines ne cessent de lui répéter que l’entretien d’un ménage se divise en deux. Elle n’écoute pas. Car si son corps fatigue, ses sentiments prennent la relève.

Elle ne se définit pas comme une épouse parfaite, elle n’oserait pas. Mais elle se veut être loyale, fidèle, attentionnée et prête à tout pour celui qu’elle a choisi. Ses chemises sont chiffonnées, elle s’active à les repasser. Son ventre crie famine, elle court lui mijoter un encas. Son envie masculine se réveille, elle se donne entière à lui. Elle ne veut pas qu’il manque de quoi que ce soit, quitte à ce qu’elle n’ait plus rien pour elle. Tout pour lui. Sa première noce, c’est avec lui. Sa fleur, c’est pour lui. Son dévouement, que pour lui. Sur le podium de sa vie, le sommet lui est dédié. Loin derrière sa propre famille. Quand on aime, on ne compte pas dit-on d’après le dicton. Elle ne compte que les heures passées loin de son bien-aimé. Un calvaire pour celle qui s’est rendue dépendante, complètement mordue de son premier.

Les heures passent, sans nouvelles. Elle s’inquiète. Soudain, elle reçoit un message. Probablement lui. Elle espère.

« Je suis devant l’hôtel, impatient de te voir en petite culotte ! Ma femme me croit en réunion. »

Il jouit. Elle pleure.

Maroan

Découvrir ses chroniques

à lire aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.