Dans notre quotidien de femme, si l’on devait avoir un synonyme, cela serait « douleur »

© Bükre / Flickr
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Quelle douleur ? Toutes, sans exception. Il y en a même qui nous donne rendez-vous chaque mois, durant la saignée. Tu as beau bouffer je ne sais quel médicament, tu vas souffrir un bon moment, et ce, sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Tu n’auras pas d’autres choix que de crier ta souffrance en pliant ton corps de différentes manières, mais en vain, c’était écrit : « aujourd’hui, ça va être la galère ». En fait, tu souffres tellement que tu réessayeras les petites pilules qui semblent tellement inoffensives, mais il ne faut pas être naïve, cela va certainement abîmer quelque chose à l’intérieur de nous. Après quelques minutes, tu sens déjà que même ton esprit est en train de t’échapper, comme une droguée…

Je n’avais pas le temps de souffrir le martyre aujourd’hui, j’avais des rendez-vous importants et mon job à accomplir, pourtant, mon corps en a décidé autrement, il a pris le contrôle de ma journée et m’a dit: « seule, tu vas rester cloué au lit ». Une fois la douleur passée, tu n’as plus la force de bouger, le corps est faible et il y a du temps pour penser. Personnellement, c’est un moment qui me rappelle à quel point je suis limitée par ce corps, qu’il me cause beaucoup trop de torts… Et si je n’étais plus capable de bouger ? Étais-je réellement dans la catégorie intitulée « sexe faible » ? Et est-ce vrai, les douleurs qui précède un accouchement sont encore plus terribles que durant les menstrues ? Pourquoi tant de souffrance ? Les hommes vivent nettement mieux leur rapport au corps, car c’est certain, chez eux, il n’y a pas de souffrance, il n’y a que réjouissance…quel cliché, la douleur peut nous faire dire n’importe quoi.

Je me demande pourquoi nous en arrivons à penser cela, à remettre en question notre identité sexuelle et ce que cela implique au quotidien. Peut-être que le problème, ce n’est pas nous, mais bien le contexte dans lequel la situation est vécue… Avons-nous réellement une reconnaissance de cette période dans notre quotidien ? Je tombe par hasard sur une publicité pour les serviettes hygiéniques, l’actrice semble si heureuse et sa serviette tellement propre… Cela n’est pas vraiment une représentation de la réalité, beaucoup de femmes souffrent toujours des douleurs de leur règle, même en ingurgitant des médicaments. Elles se retrouvent comme moi, coincée au lit pour la journée sans pouvoir ne rien y faire…

Bien que cela ne soit pas facile, faire partie de la catégorie « des femmes » est un honneur, et ce, malgré toutes les douleurs que l’on peut subir. Ces douleurs ne sont pas une faiblesse, elles permettent de vivre l’humilité, de porter l’humanité, de supporter ce qui n’est pas imaginable pour nos confrères masculins et j’en passe. Mais avons-nous réellement cette vision de nous au quotidien ? D’être malgré notre nature, bien plus que de simples humains ? Demain, je retournerai dans la vie active, plus déterminée que jamais, même si au fond de moi, je sais que le mois prochain, je vais devoir à nouveau supporter une journée sombre et compliquée et pour cela, même les médecins ne peuvent rien y changer.

Ikram Ben Aissa

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