Quand rien ne va plus

Le monde nous sert sa soupe. Une poignée de morts, une pincée de cris et quelques cuillères de mots grandiloquents sur l’estrade politique. Rien que ça. Bon appétit. C’est avec le poids de l’Histoire que nous voyons les peines du monde, avec le désespoir pour langage. L’histoire d’amour de cette société a fini en dispute, le cœur en ruines. On y entend la vaisselle qui se casse, la panique dans des yeux fuyards et des larmes dans la voix qui débite des insultes.

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Nous, les Hommes du monde commun, tâchons de réagir avec les blues des pianos-bars. « Nous n’avons pas peur ! », « Peace », « Halte à la barbarie ». Des pancartes fourmillent dans la foule, portées par des visages terrifiés au sourire à l’envers. Dans ces circonstances, le peuple porte la paix à bout de bras. Celle qu’on peine pourtant à définir. Nous voulons la paix, mais au nom de quoi ? Où a bien pu se cacher le drapeau de l’équité ? Pourtant, les injustices sont les fondations mêmes de cette justice au nom de laquelle on porte fébrilement nos voix. Il est dans le devoir de tout un chacun de faire entendre sa voix dans la foule, mais pas avec n’importe quel ton. Veut-on réellement l’équité pour contrat social ? Quid.

Répondre à l’injustice des bourreaux, par une justice incomplète ou portée par des relents qui divisent, est action vaine. Les empêcheurs d’unité se trouvent aussi parmi les opprimés. Par ailleurs, je pense que les plus grands efforts pour trouver la voie de la justice sont à faire au sein du rang des méprisés. Car, lorsqu’on a été blessé, humilié et sali, c’est un double combat que de rendre l’équité sans orgueil ni rancoeur avec la paix pour mot d’ordre.

Dis-moi comment tu panses tes blessures, je te dirai qui tu es

Le témoin équitable est celui qui, porté par l’universel et l’unité, aspire au Salut de tous. Ce n’est pas celui qui veut, en quête d’ordre dans sa demeure, que celle des Autres peut/doit être détruite. La haine des bourreaux ne doit pas inviter les lésés à signer un pacte avec l’injustice. La haine n’est que l’habit du deuil. L’enterrement est amer, sans roses ni condoléances. Que des larmes d’incompréhension. J’ai la conviction que la seule mesure qui fait sens reste celle de l’universel. Nous ne devenons que réellement signifiants et justes lorsque l’absolu devient notre credo, notre philosophie.

À chaque tragédie, chacun s’émoustille. Certains s’en réjouissent, se rejettent la faute, d’autres pleurent les heures meurtries, appellent à l’union entachée par le sang, mais aussi par des années de rejet et d’assignation au statut de citoyen de seconde zone d’une partie de la Cité.

La vie ce n’est pas de la tarte, chacun veut sa part de sado’

Une anecdote me vient à l’esprit, car à chaque texte son illustration, son allégorie. Lors des premières années de l’Islam, lorsque les persécutions envers les musulmans étaient monnaie courante à La Mecque, le noble Prophète de l’Islam a invité ses compagnons à l’exil vers l’Abyssinie. Mohammed leur dit : « Dirigez-vous en Abyssinie, car il s’y trouve un roi, le Négus, devant lequel personne ne peut être victime d’injustice ».

Ce fameux roi était chrétien. Le prophète de l’Islam avait expliqué à ses adeptes que le roi abyssin, tout en étant intimement chrétien, était en harmonie avec une prescription coranique que Mohammed a citée lors de son précédent passage dans le royaume du Négus. Le verset disait : « Départagez-les dans et par l’équité ». C’est autour de cette notion d’équité qu’ils ont fait cause commune, chanté à l’unisson, les cœurs bercés par la même mélodie, au-delà de leurs convictions respectivement respectées, unis par cette philosophie lumineuse et créatrice de ponts au sein de leurs propres philosophies.

Notre destin attend d’être lié par un socle commun, celle de la justice neutre, pleine et entière qui inclut les différences tout en s’émancipant des ghettos mentaux. Et seulement là, nous pouvons espérer voir au loin la dignité du monde qui n’est que mirage à l’heure où j’écris ces lignes. La dignité du monde dépend de la justice, qui elle, dépend de l’union. Et l’union dépend de sa composante. Alors qui fera l’union ? À nous de relever ce challenge et nous lever contre toute forme d’injustice, de rejet et de discrimination. On est du même pédigrée, affilié au même amour. Fais-moi un hug mon/ma pote. On y va.

Nikita IMAMBAJEV

Nikita Imambajev

Nikita Imambajev

Fondateur & rédacteur en chef d'Alohanews. Convaincu que le regard d'un jeune banlieusard sur le monde peut-être une alternative. L'urbain pour étendard.

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