Le romantisme est-il désormais un truc de bonhomme ?

Romantisme
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« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. », voilà comment résumer les relations amoureuses de nos jours. Nous ne perdons plus rien, nous ne créons plus rien, nous ne faisons que transformer. Ou du moins, c’est ce que nous pensons.

Rien de plus facile aujourd’hui que de trouver l’amour. Nous le cherchons et nous le trouvons aussi vite que nous faisons des achats en ligne. Et de la même façon, nous le perdons. Pourquoi s’entêter dans une relation « moyenne » alors qu’il y a sûrement bien mieux à côté ? Du grand frisson, de l’excitation pure, une bonne dose.

Nous disons que le romantisme est perdu et qu’il n’existe plus. Nous disons qu’avec ce monde ultra connecté, les vrais liens, les vraies relations n’existent plus. Mais s’il suffisait d’une poignée d’êtres humains pour inverser le cours des choses ? Si nous avions le pouvoir de modifier les tendances ? À nous de le réinventer.

Nous pensons qu’une demande d’ami revient à dire « salut, j’existe et tu m’intéresses ! ». Nous croyons que la drague se limite à envoyer un émoji. Nous nous persuadons que faire un effort consiste à envoyer un message.

Où sont donc passés les mots laissés sur les pare-brises, les jeux de regards dans un bar ? Où est passé le romantisme de nos grands-parents ? Dans un monde aux possibilités infinies, réinventons le romantisme 2.0.

Lorsque nous choisissons finalement quelqu’un, nous ne le faisons jamais pleinement. Nous gardons un œil sur les options qu’il nous reste. Nous ne prenons plus la peine de nous engager. Les occasions sont tellement nombreuses qu’elles nous font perdre la tête. Nous pensons qu’avoir un tel choix est la plus grande forme de liberté qui nous ait été donnée, mais nous nous trompons. Avoir autant de choix nous emprisonne. Nous sommes enfermés dans une spirale infernale. Une spirale qui ne finit pas de tourner et de se réinventer. Il faut briser le cercle.

Nous rêvons d’une chose, pour peu qu’elle existe encore, que nous sommes incapables de mettre en place. Nous sommes dépassés. Nous ne voyons plus la personne en face de nous, car nous sommes bien trop focalisés sur un rêve que nous nous sommes mentalement façonné, sans comprendre que nous avons tous les codes pour le réaliser.

Nous nous amusons un peu, nous nous lassons, et nous partons. Avec l’espoir de trouver mieux. Car il y aura toujours mieux, n’est-ce pas ? Jamais personne avant nous n’a eu accès à un monde sans limites. Et nous y sommes.

Si un problème survient, nous préférons partir, c’est tellement plus facile. Nous ne cherchons plus de solutions, nous ne réparons plus. Nous partons. Et nous recommençons notre course folle. Nouveaux likes, nouvelles discussions, nouveaux messages. Dans nos relations ultra connectées, où est la place pour le Vrai ? Quelle place accordons-nous à l’intimité d’une relation ? Je ne parle pas de sexe. Tout ça est trop facile. Donner son corps à quelqu’un, tout le monde peut le faire. Mais qu’avons-nous fait de ces heures de discussion en face à face ? Qu’avons-nous fait de ces moments de partages, d’échanges, durant lesquels nous livrons à l’autre la plus intime partie de nous ?

Se déshabiller – au sens figuré du terme- se mettre à nu devant l’autre sans craindre qu’il ne s’en serve dans un moment de colère ou de confiance trop vite acquise. Lui livrer nos peurs, nos doutes, nos craintes, mais aussi nos espoirs, nos attentes, nos rêves.

Mais nous nous contentons de quelques selfies de couple. Nous nous résumons à un «nous » à pouvoir exposer à tout va. Montrer que tout va bien, que notre vie est parfaite, que notre couple est un exemple, que nous sommes tellement épanouis, que nous nous aimons plus que tout et au-delà des épreuves.

Mais ce n’est pas ce que nous partageons. Nous publions des photos d’un amour à priori sans limites, d’un bonheur simple et tranquille. Mais, surtout, taire ces nuits à pleurer sur l’oreiller. Taire la rassurance que nous provoque l’amour de l’autre lorsque nous ne nous aimons plus. Taire les disputes et les doutes. Et ne montrer que des sourires, que de l’amour. Toujours plus d’amour. Montrer le plus bel aspect de ce « nous » qui commence à partir en fumée.

Puis, nous nous comparons. Nous comparons nos vies à celles de nos contacts. Génération comparaison. Nous ne sommes pas assez bien et nous ne le serons jamais assez. La culture de la perfection nous montre comment être parfaits, mais ne nous apprend pas à l’être. Tout simplement parce qu’elle n’existe pas. Nous essayons de nous mesurer à quelque chose qui n’existe pas, à du vent, à un culte que l’on nous sert sur des plateaux d’argent, très vite, trop vite.

Nous nous comparons à des couples qui n’existent pas, puisqu’ils agissent comme nous. Et nous voulons atteindre cet amour qu’ils nous montrent. Peu importe si nous nous rendons malheureux, nous l’atteindrons. C’est notre objectif. Mais comment atteindre une image façonnée de toute pièce et dont la réalité est toute autre ?

« J’ai besoin de plus ». Disputes. Plus. Plus. Plus. Toujours plus. Éternels insatisfaits. Et finalement passer de « en couple » à « célibataire ». Réduire la relation à un statut Facebook.

Jusqu’à la prochaine fois.

Nous sommes devenus des paresseux de l’amour, mais nous y plaçons tout de même tous nos espoirs. Nous sommes habitués au « tout et tout de suite » sans avoir besoin de lever le petit doigt alors, pourquoi devrions-nous le faire dans nos relations amoureuses ?

Nous nous demandons constamment pourquoi nous sommes insatisfaits, mais nous ne savons plus ce qu’est la satisfaction, car nous en voulons toujours plus. Nous ne savons plus regarder nos vies, en être acteurs. Nous sommes devenus des spectateurs, attendant qu’un miracle se produise. Nous regardons la vie des autres, envieux, et nous ne savons plus comment faire pour avoir un regard critique sur la nôtre. Nous sommes focalisés sur ce que notre vie n’est pas plutôt que de se concentrer sur ce qu’elle est. Nous comptons nos problèmes au lieu de compter nos bénédictions.

Et pourtant, nous savons exactement ce que nous voulons. Nous voulons un amour pur, vrai, sincère. Un amour qui n’ait pas besoin d’être validé par des likes. Un amour qui ne se résume pas à 3 ou 4 selfies ni à des vidéos de 10 secondes. Un amour sans filtre Snapchat.

Nous voulons quelqu’un qui nous consacre du temps. Et pas uniquement quand il a du temps libre. Nous voulons quelqu’un qui nous bouleverse par ses idées et ses paroles. Quelqu’un qui éteint son téléphone lorsqu’il nous parle. Nous voulons un amour qui ait un avenir et non quelqu’un qui garde un œil sur l’extérieur en attente du prochain. Nous voulons des pique-niques, des nuits sous les étoiles, des longues balades en forêt. Nous voulons devenir paisibles et pouvoir regarder derrière soi en se disant que l’on a bien vécu.

Nous voulons tout ça, mais sommes-nous réellement prêts à changer ce que nous sommes pour atteindre ce que nous voulons ? Allons-nous nous résigner à rester ce que l’on a fait de nous ou allons-nous sortir de ce cercle, le briser et devenir le changement que l’on aimerait voir dans ce monde ?

Alexia Zampunieris


Alexia vient de publier son nouvel ouvrage intitulé « Mademoiselle cherche le soleil » aux Editions Chloé des Lys à découvrir ici

Alexia Zampunieris

Alexia Zampunieris

"Une femme libre est exactement le contraire d'une femme légère." Alexia a la liberté pour seul combat.

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