À les en tuer – Poésie

© Azellige Amalia
© Azellige Amalia

Derrière ce poème, les questionnements d’une jeune fille qui commence à se poser des questions sur sa féminité, sa spiritualité, son rapport à son corps. Et ce miroir qu’elle me tend , à moi qui n’ai pas réponse à toutes ses questions. Alors, il nous reste le cheminement. À elle, et à moi.

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Si loin que me portent parfois

Les choses de la vie,

Se trouvent les platitudes les plus humaines,

Les grandes misères,

Ces cases du hasard sans queue ni tête.

Serpents et échelles,

Quatre,



Je descends,

Deux,

Je remonte.

A toi dont la question déborde des lèvres,

Pour qui l’âge n’est encore qu’un détail modique,

Dont on ne s’effraie pas,

-Encore-

Peut-être, bientôt, la vie sévira.

Ce ne sont pas les années qui marquent

Les plissures de ta peau,

C’est le regard dansant des périples noirs,

Qui habitent ton calendrier.

Tout ce qui n’est pas prévu n’est pas embûche,

C’est le contrat auquel tu t’es engagé,

Au premier souffle consenti qui a jailli de tes entrailles.

Ma petite,

Il n’est pas simple de sortir des sentiers battus.

De broyer ce qui a été prescrit en ton nom,

Sans ton nom.

Tu n’es pas l’odalisque qu’ils t’ont fait chérir,

Ni l’opium des hommes,

Éjaculé sur papier glacé,

Ni la faillible qui les fait bander,

Ni l’infaillible qui les émascule,

Tu n’es rien de ce qui a été écrit sur toi,

Sans toi,

Tu n’es à peu près rien d’autre que ce qui émane de toi,

A chaque instant où l’air pénètre tes poumons.

Et même ce que j’écris là,

Tu ne l’es pas.

Tu n’es que ça, à chaque moment,

Et à chaque moment passé,

Tu ne l’es plus.

Désintégrée.

Pour redéfinir les lignes de ton miroir narcissique,

Indéfiniment.

Tu choisiras possiblement de donner un son à ta voix,

Et parfois aphone, tu te détesteras.

La dissonance de cette voie,

Ne l’est qu’au contact de leurs tympans,

Mais les tiens sont différents.

Ne te réprouve pas.

Petite,

Tu voyais Dieu comme un Batman,

Te distribuant les bons points et

Les mauvais,

Mais ce n’est qu’un homme,

Et Dieu n’est pas commerçant.

Et tu n’es pas un diadème.

Il faut les voir arriver,

Ces épiciers de l’honneur,

De la religion,

De la liberté,

De la laïcité,

De la chasteté,

Ils se ressemblent tous,

Ils ressemblent aux dieux auxquels ils croient.

Ils ont les yeux tremblants des poissons sortis hors de

L’eau,

A chaque syllabe qui ne les conforte pas.

Car il existe un monde au-delà de la mer,

Qui les ferait suffoquer.

Et il existe un monde en-dessous de la terre,

Qui les ferait se noyer.

Mais toi,

Entre ces deux,

Tu existes,

Si simplement.

À, les en tuer.

Leila ALAOUF

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