Le Bloc identitaire : à droite toute

Alohanews a choisi de consacrer une série d’articles sur un groupuscule d’extrême-droite qui fait des émules sur la toile française : le Bloc Identitaire. Il se définit comme un mouvement social européen. Ce groupuscule a vu le jour suite à la dissolution d’Unité Radicale par le Gouvernement. Maxime Brunerie, alors membre du Mouvement National Républicain et sympathisant d’Unité Radicale, a tenté d’assassiner lors du défilé du 14 juillet 2002, le président de la République, Jacques Chirac. Décryptage.

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L’expression « identitaire » a une connotation qui renvoie directement à une idéologie d’extrême droite. La fachosphère s’est accaparée ce terme. Ces groupuscules ont procédé à un basculement terminologique et idéologique. De l’étiquette « nr », c’est-à-dire « nationaliste-révolutionnaire », le mouvement a désormais décidé de se revendiquer « nationaliste et identitaire ». Le mouvement est composé de militants issus de trois autres mouvements distincts (les nationalistes-révolutionnaires,  le groupe  Union Défense  et  l’Œuvre  française).

De l’anti-impérialisme américain au combat contre l’islamisation

Entre 2001 et 2003, la future mouvance identitaire passera d’un discours désignant l’impérialisme américain  comme ennemi principal au combat  contre l’islamisme et l’immigration musulmane. L’anti-impérialisme US reste toujours d’actualité mais passe au second plan. La mouvance identitaire centrera son discours sur « l’enracinement et le localisme, sur la défense des peuples européens (une défense afférente au rejet de l’islam), sur l’ethnorégionalisme. Cette évolution fait bouger les lignes en impliquant  des repositionnements tant géopolitiques que praxéologiques, sous l’impulsion d’une nouvelle ligne idéologique défendue par Guillaume Faye, dont les militants reprirent le concept d’« archéofuturisme »« .

Fabrice Robert – Responsable du Bloc identitaire

Plusieurs personnalités que l’on peut qualifier d’électrons libres viennent se greffer à ce groupuscule notamment durant leurs assises (colloques organisés par le groupuscule autour de thématiques spécifiques). On retrouve des personnalités comme l’écrivain Renaud Camus qui a développé la théorie du Grand Remplacement que nous évoquerons dans un prochain article. On retrouve également des « Think Thanks » tels la fondation Polemia de Jean-Yves Le Gallou.

Un des idéologues phares des identitaires, Guillaume Faye fustigeait les postures occidentales jugées « islamophiles et ethnomasochistes » et appelait à la défense du « monde blanc » comme axe principal. Ce revirement idéologique d’Unité Radicale va cliver le groupuscule et opposera les partisans d’une lecture anti-impérialiste face à ceux qui luttent contre l’islamisation de l’Europe.

Le Bloc identitaire a été fondé par deux des dirigeants d’Unité radicale à savoir Fabrice Robert et Guillaume Luyt. Ils participeront au lancement du site www.les-identitaires.com et de l’association Les identitaires. Philippe Vardon, figure de l’extrême droite a également contribué à l’édification du bloc identitaire.

Une identité à trois niveaux


Ce mouvement a une définition précise de ce qu’est être un identitaire: « Être identitaire, c’est défendre en toute circonstance, dans son engagement militant, associatif  ou  syndical,  mais  aussi  dans  son  comportement  quotidien,  l’identité ethnique  et  culturelle  dont  nous  sommes  les  détenteurs.  C’est  se  conduire  en Européen et s’opposer à tout ce qui peut attenter à cette identité. Les Identitaires rassemblent donc tous ceux qui considèrent que la préservation des identités face  au rouleau compresseur mondial est une mission historique. Nous voulons ainsi lever l’étendard de l’identité face à l’uniformité. L’engagement identitaire naît de l’enracinement et donc de l’idée que nous sommes le fruit d’une terre et d’un lignage, le maillon d’une chaîne. Être identitaire n’est ni un dogme ni une idéologie, mais tout au contraire un principe se fondant sur le réel, sur ce que nous sommes« .

Selon eux, les identités sont au nombre de trois:  » L’identité est constituée par la conjonction des principes de filiation et de transmission, le socle des traditions populaires et orales (dont la langue), les coutumes et les mœurs, l’acceptation d’un passé commun (l’histoire) et la volonté de vivre ensemble dans l’avenir. L’identité, c’est une certaine façon de fêter la vie, d’honorer les morts, de regarder le monde et aussi de le conter, ce qui suppose une mémoire commune.

L’identité défendue par les Identitaires est plurielle et s’articule en plusieurs niveaux : l’identité charnelle (régionale), l’identité historique (française) et l’identité civilisationnelle (européenne). Pour nous, ces identités sont complémentaires. On peut donc, par exemple, se sentir à la fois Breton, Français et Européen, ou Dalmate, Croate et Européen ou encore Bavarois, Allemand et Européen. Chacune de ces identités renforce l’autre et constitue un ensemble organique cohérent. »

Cette revendication identitaire est, selon eux, « un facteur important d’équilibre personnel aussi bien que social. Les sociétés, comme les individus, s’épanouissent pleinement lorsque leurs identités sont fortes et respectées ». C’est un rempart contre « tous les totalitarismes qu’ils soient politiques ou religieux« .

Le Bloc Identitaire et le FN même combat ?

Le Bloc Identitaire tient à se dissocier de l’idéologie politique du Front National ou de la droite dite conservatrice en général.  Les leaders du groupuscule identitaire reprochent au parti frontiste de tenir un discours jacobin et républicain hostile à l’Europe et réticent aux revendications des régions (identité charnelle). Le Bloc Identitaire ne prône pas un protectionnisme et ne considère pas les dialectes régionaux comme un frein au patriotisme national. Toutefois, il n’approuve pas la construction européenne d’aujourd’hui qui, d’après les identitaires, nie les appartenances nationales et régionales et conduit à un mondialisme destructeur des identités.

Les identitaires regrettent aussi que le « FN court après l’électorat beur voire tente de rallier les musulmans radicaux« . De plus, pour eux le Front National ne défend que l’identité nationale et ces derniers pensent qu’il est primordial de mettre en lumière à la fois les identités charnelle, historique et civilisationnelle. Aux yeux du Front National, ces identités seraient antagonistes. Pour les identitaires, elles sont complémentaires.

Philippe Vardon, figure identitaire, leader de Nissa Rebela

Autre différence, les identitaires reprochent au parti frontiste d’associer la question de l’identité à celle de l’acceptation des « valeurs républicaines« . L’assimilation ne peut être un recours. La seule solution à cette immigration massive est le retour des extra-européens dans leur terre d’origine. Selon eux, c’est une logique « intégrationniste » qui considère qu’un « Maghrébin vivant en France, maîtrisant notre langue et respectant nos lois devient illico un Français à part entière. Pas pour nous, car il lui manquera toujours deux des trois composantes de notre identité, la charnelle et la civilisationnelle : il ne sera jamais alsacien (ou breton, ou corse, etc.) pas plus qu’il ne sera européen« .

Le Bloc Identitaire regrette aussi que des partis comme le Front National ne bataillent que sur le plan électoral et n’optimise pas l’aspect métapolitique:  » Pour prendre le pouvoir, encore faut-il déjà réussir à conquérir les esprits et à créer des contre-pouvoirs. Cela passe par le développement de structures (associations, syndicats, etc.) et de projets métapolitiques mais également par le recours à divers outils (médias, réseau Internet, cinéma, vidéo etc.) susceptibles de diffuser notre conception du monde. Face à la stratégie du tout-présidentiel, nous avons toujours opposé la logique de l’enracinement local. Face au tout-électoral, nous avons toujours dit que le combat devait être total et que cela passait par divers modes d’action : développement du réseau associatif, prise de contrôle de médias alternatifs, priorité à l’action et à une présence permanente sur le terrain, opérations d’agit-prop menées dans une logique de « franc-tireur » pour sensibiliser l’opinion, etc. Mais aussi, quand l’occasion le permet, présence aux élections pour faire profiter le courant identitaire d’une fenêtre médiatique. »

Toutefois, bien que des divergences subsistent entre eux, le Bloc Identitaire mobilise ses forces vives derrière le Front National lorsqu’il s’agit de voter. Philippe Vardon, figure identitaire est notamment présent dans la liste de Marion Maréchal-Le Pen pour les élections régionales en PACA. Marine Le Pen tient à marquer ses distances avec le Bloc Identitaire pour renforcer la communication de dédiabolisation de son parti.

 

Mouâd Salhi

 

– Cahuzac Y., François S., « Les stratégies de communication de la mouvance identitaire: le cas du bloc identitaire », in Questions de communication, n°23 (2013), pp. 275-292

– Mieux connaître les identitaires : foire aux questions http://www.bloc-identitaire.com/courant-identitaire/faq

Mouâd Salhi

Mouâd Salhi

Journaliste pour Alohanews, d'ici et d'ailleurs, passionné par la géopolitique, a un stylo comme épée et comme maître mot la justice.

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