Nabil Ennasri : « En France, il y a beaucoup de fantasmes autour du Qatar »

C’est l’histoire d’un pays du Golfe qui est sorti de terre et qui a une superficie soixante fois plus petite que celle de la France. Il y a 20 ans, ce petit pays de moins de deux millions d’habitants n’était composé que de bédouins. En 2014, le Qatar est passé dans une autre dimension. Les troupeaux ont laissé place aux gros buildings et grosses cylindrées. Ce pays fait des envieux et brûle les lèvres de tous. Pour nous éclairer sur cet émirat, Alohanews est allé à la rencontre de Nabil Ennasri, politologue et auteur de « L’énigme du Qatar ». Lors de cet entretien, il est revenu sur la nouvelle dimension qu’a pris le Qatar, sa politique étrangère ainsi que l’évolution de la chaîne Al-Jazeera. Il a également abordé les sujets qui fâchent tels que le financement probable de mouvements djihadistes par le Qatar et la question du travail forcé dans les chantiers de la coupe du monde. Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore?

Je m’appelle Nabil Ennasri. Je suis doctorant en sciences politiques. Je suis spécialiste du Qatar. J’ai découvert le Qatar lors d’un stage dans le cadre de mes études en 2004. J’ai mené depuis plusieurs voyages de recherches qui ont abouti à l’écriture de mon essai « L’énigme du Qatar » publié en mars 2013 aux éditions Iris (Institut de relations internationales et stratégiques).

Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser sur le pays du Qatar ?

C’est un peu le fruit du hasard. Dans le cadre de mon cursus à Sciences Po, nous devions faire un stage dans une ambassade et il me tenait à cœur de le faire à l’ambassade de France au Caire, en Egypte. La place avait été occupée par un étudiant de Sciences Po Paris et donc la seule possibilité pour moi était de partir dans les pays du Golfe. Je me suis retrouvé aux Emirats Arabes Unis et par la suite j’ai bénéficié d’un stage de langue au Qatar. Et quand j’ai observé ce que le Qatar commençait à initier en terme de politique régionale, tant dans les sphères diplomatique, sportive ou médiatique, je m’y suis penché jusqu’à y consacrer mon mémoire de Master II puis mon essai.

Le Qatar dispose de la troisième plus grande  réserve de gaz naturel dans le monde après la Russie et l’Iran. Dans votre ouvrage, vous dites que le Qatar veut rayonner davantage dans le monde en faisant du Soft power. Pouvez-vous nous expliquer ce concept et par quels moyens le Qatar essaye de rayonner sur la scène internationale?

Je vais prendre une anecdote simple qui va directement répondre à votre question. Est-ce que vous pensez que si le Koweït avait organisé la coupe du monde de football en 1990, Saddam Hussein serait passé à l’acte en l’envahissant ?

Non je ne pense pas.

C’est tout. Voilà comment par le biais du sport, de l’image, des médias, vous pouvez arriver à instaurer une forme de protection qui d’habitude était davantage exercée par la dissuasion militaire. Nous vivons dans un monde universalisé où la puissance militaire n’est plus l’unique critère fondamental de la puissance d’un Etat.

Le Qatar a compris très vite que nous étions entrés dans la phase de la mondialisation dès le début des années 90. Il l’a compris avec un émir qui en 1995, à la différence de ses voisins, n’est pas octogénaire. Il n’est pas enfermé dans le schéma de la guerre froide. Il a compris que la guerre froide était finie et que nous étions dans une nouvelle ère. Une nouvelle ère dans laquelle l’image joue un rôle moteur.

C’est avant tout la répression aveugle de Bachar El-Assad à l’endroit de son peuple qui a précipité la Syrie dans le gouffre

Le Qatar veut jouer un rôle de médiateur dans le Moyen-Orient. L’émir  Tamim ben Hamad Al Thani a été présent en 2008 pour la mise en place du nouveau parlement libanais. Il a aussi été présent dans la tentative de réconciliation du Fatah et du Hamas et dans la crise du Darfour au Soudan. Quel est l’intérêt du Qatar de s’impliquer dans les conflits régionaux?

Cela fait partie de l’arc diplomatique du Qatar et c’est même l’une des bases centrales de sa doctrine. Officiellement, le Qatar cherche à apaiser les relations dans la région. Il cherche à exercer une influence pour promouvoir la paix et la stabilité. Le Qatar veut jouer un rôle de médiateur dans la résolution des conflits. En termes d’image et de rayonnement, c’est toujours gratifiant pour un pays d’être de ceux qui sont parvenus à aboutir au règlement d’un conflit armé. C’est bénéfique tant pour leur réputation que pour leur crédibilité internationale. Cela rentre également dans le registre du Soft Power. De la sorte, Doha veut montrer qu’il est un facteur d’apaisement des tensions dans la région.

Mais dans le même temps, le Qatar a joué un rôle dans la chute de feu Mouammar Kadhafi. Il a aussi contribué au financement de milices rebelles qui ont été gangrénées par des mouvances djihadistes. Devant les caméras, l’émir joue le médiateur et derrière il arme des djihadistes ?

Vous allez un peu vite en besogne, je pense. Il faut reprendre les deux situations. Que s’est-il passé en Libye ? Que s’est-il passé en Syrie et comment la situation a évolué ? Personne ne peut nier que Mouammar Kadhafi était un dictateur. En 1996, en l’espace de quelques heures, il a assassiné près de 1300 détenus d’une prison. Il fournissait de l’eau et de l’électricité gratuitement à son peuple. Naturellement, c’est bien. Mais c’est ce qu’on peut exiger d’un dictateur qui croulait sous les excédents financiers de sa rente pétrolière. Ceci étant, cela ne l’exonère pas de ce qu’il a pu faire comme méfaits à l’endroit de son peuple. Et si à un moment donné, le peuple s’est soulevé, c’est qu’il y avait des raisons. Il était au pouvoir depuis plus de quarante ans. Au début 2011 lorsqu’éclate la révolte, c’était le plus ancien chef d’Etat arabe en fonction sur les 22 pays de la ligue arabe.

Mais nous voyons que la situation libyenne d’aujourd’hui vit un scénario à l’égyptienne avec à sa tête un militaire qui s’attribue tous les pouvoirs. Le colonel Kadhafi n’était-il pas un moindre mal ?

C’est vrai mais vous faites une lecture rétroactive de projection. Premièrement, quand les Libyens ont manifesté en février 2011, ils étaient loin de savoir que trois ans plus tard la situation serait pire que ce qu’elle n’était alors. Il faut toujours faire attention à ces lectures. Deuxièmement, j’ai rarement vu des pays où des processus révolutionnaires se sont fait dans le calme. Les soubresauts révolutionnaires d’une situation, à commencer par la France, se sont toujours fait dans le sang. Evidemment, cela ne justifie pas l’espèce de déliquescence de ce qui reste de la Libye. Malgré tout, je fais confiance au peuple de pouvoir trouver des moyens de définir sa propre destinée.

Concernant le Qatar et les mouvances djihadistes, il faut faire très attention. Le Qatar a dès le départ soutenu les soulèvements. Il a notamment relayé la volonté du peuple syrien de sortir des griffes d’une dictature sanguinaire installée au pouvoir depuis des décennies. Il faut toujours pointer les responsabilités. C’est d’abord avant tout la répression aveugle de Bachar El-Assad à l’endroit de son peuple qui a précipité la Syrie dans le gouffre. Il a poussé à une radicalisation de la contestation qui a mené à une militarisation massive des rangs de l’opposition. C’est d’abord cela qui a suscité l’éclosion de mouvances sectaires et pas l’inverse.

Un haut responsable israélien a dit qu’à terme, l’ennemi intime d’Israël sera le Qatar

Comment expliquez-vous le manque de cohérence de la politique étrangère qatarie qui d’un coté soutient à hauteur de plus de 400 millions d’euros le parti du Hamas dans la bande de Gaza et dans le même temps veut normaliser ses relations avec Israël ?

Là aussi, il faut être très précis. Pourquoi à un moment donné le Qatar, ce n’est plus le cas aujourd’hui, a souhaité normaliser ses relations avec Israël, ou en tout cas ne pas lui donner la forme hypocrite qu’elle a pour beaucoup d’autres pays arabes et notamment ceux du Golfe ?

Premièrement, tous les pays arabes nouent, d’une manière ou d’une autre, des relations avec Israël ou les Etats-Unis. Deuxièmement, Israël est une réalité stratégique et politique. Troisièmement, le Qatar ne veut pas mentir à son peuple. Nous sommes dans une perspective pragmatique des relations internationales. Pour le coup, les pays du Golfe ont des relations avec Israël de reconnaissance et ils le cachent à leur peuple. Qu’est-ce qui est le mieux ? Avoir des relations hypocrites ou avoir des relations assumées en évitant de mentir à son peuple ?

Ne pas avoir de relations du tout.

Nous sommes d’accord. Le mieux c’est de ne pas en avoir du tout. Aujourd’hui, vous pouvez chercher quels sont les chefs d’Etat arabes qui n’ont pas de relations avec Israël ou les Etats-Unis, vous n’en trouverez pas. Même l’Iran présenté comme le symbole du « Front de la résistance » noue des alliances avec les forces armées américaines. Comme pour l’Afghanistan en 2001, en Irak en 2003 et aujourd’hui pour combattre les « Jihadistes », un axe Washington-Téhéran se forme pour contrer la menace d’une insurrection sunnite généralisé qui pourrait, à terme, faire tomber le cadre géopolitique instauré depuis Sykes-Picot.

Nous sommes dans de la real politik ?

Exactement ! Trouvez-moi un pays qui n’a pas de contradictions dans sa politique étrangère dans le monde ? Vous n’en trouverez pas. Le Qatar essaye tout simplement de faire et de composer avec son univers et avec ses contraintes et faiblesses. Il essaye d’émerger et il a fait ce qu’il a fait. Force est de constater que le pays, en 18 ans, a considérablement changé. En tout cas, il a rempli les objectifs qu’il s’était fixé.

Pour revenir aux relations avec Israël, aujourd’hui c’est beaucoup moins vrai. Les relations sont beaucoup plus froides voire il n’y en a plus du tout. Israël en veut énormément au Qatar d’avoir été le premier pays qui a permis au Hamas de briser son isolement diplomatique avec la visite d’octobre 2012 de l’émir Hamad. Cette visite a symboliquement fait sauter le verrou du blocus intégral dont le Hamas était victime. Cela a considérablement irrité Israël. Un haut responsable israélien a dit qu’à terme, l’ennemi intime d’Israël sera le Qatar parce qu’évidemment il soutient le Hamas comme vous l’avez mentionné de manière conséquente et qu’il soutient les processus de libération qui n’arrange pas du tout Israël. En effet, comme l’a cité Sharon dans ses Mémoires, Israël préférera toujours la famille Assad au pouvoir à Damas qu’un gouvernement issu des Frères musulmans.

D’accord, je voudrai revenir sur les relations que le Qatar entretient avec ses pays voisins. Il y a de l’eau dans le gaz. Les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn ainsi que l’Arabie Saoudite accusent le Qatar de s’ingérer dans leurs affaires et de déstabiliser la région en raison de son soutien aux mouvances islamistes. Le chef de la diplomatie saoudienne a même exigé la fermeture de la chaîne d’information Al-Jazeera. Quelles incidences pourraient engendrer ces tensions dans la région si elles ne venaient pas à s’atténuer?

Premièrement, je ne pense pas qu’on puisse aller vers une confrontation militaire. C’est un scénario qui n’arrivera pas. Deuxièmement, nous allons rester dans ce système de « guerre froide » qataro-saoudienne dont le registre d’expression restera principalement l’Egypte. L’Egypte a une place centrale dans l’échiquier diplomatique au Moyen-Orient. L’Arabie Saoudite avait considérablement mal vu l’arrivée au pouvoir des Frères Musulmans soutenus par le Qatar. En effet, la confrérie a une politique indépendante de l’Arabie Saoudite et se présente comme une alternative à l’islam saoudien dans l’espace de sens du monde islamique. Elle représente donc un redoutable rival pour Riyad qui souhaite à tout prix l’écarter du paysage politique régional.

C’est la raison pour laquelle l’Arabie Saoudite a soutenu financièrement le général Abdelfatah Al-Sissi dans son entreprise de coup d’état et dans sa volonté d’éradiquer les Frères Musulmans. Ce qui n’est pas du tout le cas du Qatar. Il a fait un choix complètement inverse. Il a soutenu les révoltes et évidemment les partis qui sont arrivés au pouvoir suite au processus révolutionnaire. Nous sommes donc dans deux logiques qui se télescopent.

Fin 2011, la chaîne Al-Jazeera a été confrontée à de nombreuses démissions dont celle du directeur de l’agence à Beyrouth, Ghasan Ben Jeddo. Ce dernier avait critiqué le « défaut d’objectivité et de professionnalisme » dans la couverture des révolutions dans les pays du Moyen-Orient, y compris celles du Yémen et du Bahreïn. Est-ce que finalement Al-Jazeera ne serait pas devenue le porte-voix de la politique étrangère qatarie ?

Il est indéniable que vous avez des liens financiers entre le Qatar et Al-Jazeera. Quel grand canal d’information occidental n’a pas des liens avec son gouvernement de tuteur ? France 24 n’en a pas avec le gouvernement français ? La BBC avec le gouvernement britannique ? CNN avec l’appareil d’Etat américain ? Maintenant, il faut se poser la question si Al-Jazeera a adopté une posture éditoriale indépendante ? Ou si elle a créé elle-même sa posture éditoriale en dehors d’une certaine mainmise de l’Etat qatari ?

N’y a-t-il pas eu une évolution de la ligne éditoriale de 1996, date de la création de la chaîne à aujourd’hui ?

Je ne pense pas. La chaîne a toujours été dans le cadre de la promotion des aspirations légitimes des populations arabes. C’est particulièrement vrai dans un programme comme celui d’Al-Ittijah Al-mo’akiss où on invitait toute la panoplie des oppositions politiques qui bénéficiaient ainsi d’une tribune. C’est encore largement le cas aujourd’hui.

Vous avez pris Ghasan Ben Jeddo qui critiquait le parti pris d’Al-Jazeera pour les révoltes quand lui a été débauché par une chaîne TV financée par l’Iran qui fait la promotion du gouvernement de Bachar El-Assad. C’est amusant de le voir donner des leçons à son ancien employeur quand lui ne fait que reproduire les tares qu’il critique chez les autres. Parce qu’Al-Mayadeen qu’il dirige est le relai médiatique dans le monde arabe des postures défendues par Bachar El-Assad. D’ailleurs, elle est financée par l’Iran et l’une des responsables de cette chaîne n’est autre qu’une conseillère de Bachar El-Assad.

Quand il s’agit de l’argent des arabes, il y a toute cette suspicion à l’égard de l’islam qui rejaillit

Nous sommes en pleine Coupe du Monde de football au Brésil. Le Qatar sera le pays hôte en 2022. Cette désignation a fait couler beaucoup d’encre. L’hebdomadaire anglais Sunday Times accuse Mohamed Bim Hammam, représentant du Qatar d’avoir versé plus de 5 millions de dollars à certains dirigeants de la Fifa en échange de leur vote. Un commentaire sur cette affaire ?

Je viens d’écrire un article à ce sujet. Je pense que depuis le début, nous sommes dans le fantasme pour ne pas dire la diabolisation. Il ne faut pas complètement écarter le fait qu’un certain nombre de forces dans le monde n’ont toujours pas digéré qu’un pays arabe et musulman puisse organiser le plus grand événement sportif au monde.

Toutefois, il y a des critiques légitimes à apporter à l’encontre du Qatar parmi lesquelles les conditions déplorables des travailleurs migrants qui s’apparentent à du travail forcé. Il y a aussi la condition de la liberté d’expression. Le Qatar ne peut pas prétendre être un modèle quand pour quelques rimes impertinentes, vous prenez quinze ans de prison (NDLR : le poète qatari Mohamed El-Ajami). Il y a des critiques légitimes à avoir à l’encontre de l’émirat.

Je parle même d’un sujet dans mon ouvrage qui est peu évoqué, à savoir l’exubérance écologique. Le Qatar est une aberration écologique. C’est le pays au monde qui a la plus forte empreinte écologique et moi qui suis intéressé par ce sujet, c’est le contre-exemple parfait. Les critiques pour faire avancer le débat doivent être légitimes et argumentées. D’autres, ne vont cibler le Qatar que dans une démarche obsessionnelle, orientée ou car ils sont animés d’un esprit revanchard. C’est notamment le cas des suppôts médiatiques de Bachar Al Assad ou ceux qui sont nostalgiques du régime de Ben Ali…

Certains médias vont en faire des tonnes mais se gardent d’évoquer par exemple le sort des prisonniers palestiniens. Nous avons été bombardés d’articles qui parlaient des Français bloqués au Qatar mais je n’ai jamais entendu parler des Français bloqués en Israël, notamment sur le cas Salah Hamouri.

Et comment expliquez-vous ce Qatar bashing de la part des médias français ?

Il existe plusieurs ressorts. L’un de ces ressorts est le fait de considérer l’argent des arabes étant suspect, en tout cas qui n’a pas la même légitimité que les autres. C’était particulièrement vrai lorsque le PSG a été racheté par le Qatar. Je me souviens des propos de Chantal Jouanno, ministre des Sports de l’époque qui avait déclaré : « Je préfèrerais que le PSG reste un club français » quand elle oubliait que le PSG appartenait à Colony Capital qui était … un fonds d’investissement privé américain.

Quand cela appartient aux Américains, aux Russes, aux Chinois, aux Suédois, cela passe comme une lettre à la poste. Mais quand il s’agit de l’argent des arabes, il y a toute cette suspicion à l’égard du monde arabe qui rejaillit. Nous sommes en quelque sorte dans une forme détournée de l’islamophobie. En France, il y a une obsession du Qatar.

En parlant de suspicion, vous me faites rappeler le fameux financement des banlieues françaises par le Qatar.

Nous étions dans un délire complet ! Il n’y avait rien. La presse s’est emparée du sujet avec beaucoup trop d’a priori. Le Qatar était en partie responsable car il n’a pas su prendre en compte la sensibilité de l’opinion française. Il y a eu un tollé à géométrie variable car quand l’ambassade américaine fait depuis dix ans du ciblage des élites de banlieue, sa priorité d’action politique culturelle, cela ne gêne personne. Mais quand le Qatar a commencé à effleurer l’idée d’un projet de soutenir financièrement les porteurs de projets innovants en banlieue, on a tout de suite crié à l’entrisme et l’islamisme.

Un rapport de l’International Trade Union Confederation (ITUC) fait état de plus de 1200 morts chez les travailleurs venus d’Inde et du Népal sur les chantiers des terrains qui accueilleront le mondial. Le rapport stipule « que la cause de la mort soit déclarée comme accident du travail, crise cardiaque (provoquée par les effets de la chaleur et du stress) ou encore des maladies liées aux conditions de vie sordides, la cause est toujours la même : les conditions de travail ». Comment faire pour éradiquer cet esclavage moderne et que dit Doha à propos de ce fléau ?

Il faut reprendre ce qui s’est passé il y a quinze jours au Qatar. Il y a eu une annonce officielle et historique d’annuler le système de la kafala (dispositif législatif régissant les droits de expatriés et résidents au Qatar). Mais malgré ces avancées, c’est comme s’il ne se passait rien et que le statut quoi demeure. Il y a quelques jours, par exemple, le reportage d’Envoyé Spécial n’avait pas évoqué cet aspect. Et pourtant, les réformes sont en cours ; il n’y a plus besoin de solliciter le Visa de sortie pour pouvoir quitter le pays (cela passe directement par le ministère sans passer par l’employeur qui pouvait très souvent refuser sans aucune justification). Ceux qui seraient tentés par des abus pourraient être lourdement sanctionnés car les peines ont sensiblement été revues à la hausse pour les transgresseurs. Il y a également plusieurs inspecteurs qui vont être envoyés sur le terrain pour vérifier que ces nouvelles dispositions soient effectivement appliquées. Nous allons donc dans le bon sens même s’il reste beaucoup à faire.

Dernière question, Jorge Ramos, un report d’ESPN aurait des informations que la FIFA aurait demandé aux USA de se tenir prêts si la coupe du monde 2022 venait à être retirée à l’organisation qatarie. Un commentaire sur cette rumeur ?

Comme vous le mentionnez, c’est une rumeur. Certes, nous sommes dans un sujet délicat car le Mondial 2022 fait couler beaucoup d’encre. Mais de là à retirer au Qatar l’organisation de la compétition, il y a peu de risque. Car s’il faut chercher un coupable de tous ces dysfonctionnements, il faut le chercher dans le système opaque mis en place par la FIFA depuis des décennies. Désormais, il faut parler de FIFAgate et non de Qatargate.

 

Propos recueillis par Mouâd Salhi

Nikita Imambajev

Nikita Imambajev

Fondateur & rédacteur en chef d'Alohanews. Convaincu que le regard d'un jeune banlieusard sur le monde peut-être une alternative. L'urbain pour étendard.

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