Propagande politique : mode d’emploi

Mettre en oeuvre son idéologie n’est pas une chose simple pour un parti. Cela demande une certaine technique afin de propager les messages et espérer trouver un écho auprès des médias. Comment ça marche? En se basant particulièrement sur les concepts de Jean-Pierre Domenach issus de son livre la Propagande politique (qui illustre bien le climat de l’article),  Alohanews tente un décryptage d’une affiche réalisée par le Front National en 2012. 

Nouvelle affiche de 2015 pour les Régionales.

Tout d’abord, la propagande n’est plus ce qu’elle était. Les citoyens sont davantage immunisés face aux discours rébarbatifs des partis d’extrême droite notamment grâce à la panoplie de recherches sur les manipulations politico-médiatiques. Encore faut-il s’informer. Le paradoxe d’un constat se dessine malgré tout : celui d’une Europe de plus en plus portée par les discours populistes des partis tels que celui de Marine Lepen. En 2012, une affiche du FN, réalisée par les Jeunes avec Marine, a fait couler beaucoup d’encre. Julien Rochédy, président du comité des Jeunes avec Marine et auteur de « Choisis ta France » a sans doute puisé son inspiration dans le régime de Vichy. À cette époque, une affiche réalisée par R. Vachet dénonçait une France du chaos sous le contrôle des juifs opposée à une France de la Gaule stable et prospère.

Alors la recette d’une affiche propagandiste dans tout cela ? Là voici. Il est important pour une propagande réussie de respecter différents critères élémentaires : connaître le terrain psychologique (opinions, sentiments et pensées) de son auditoire, être en rapport avec l’actualité et au niveau des faits, apparaitre comme la vérité (même si elle est, intentionnellement, fondée sur le mensonge).

Pour la campagne présidentielle 2012, le FN propose de choisir la France des Français. À droite de l’affiche, on peut voir une France où il fait bon vivre. Deux trentenaires sourires aux lèvres, un soleil radieux et une atmosphère paisible règnent sur la France du Front national avec en fond de décor un village traditionnel aux accents bucoliques, un jour de marché et donc de convivialité à la française. À gauche de l’affiche, la vision est tout autre. Un SDF dépité, des voitures calcinées sous la rage de jeunes et une cité HLM en fond d’image, représentent la France de l’insécurité.

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Encore et toujours selon Jean-Pierre Domenach, le discours doit avoir deux types de caractéristiques : internes et externes. Les internes sont celles qui sont décelables dans l’affiche et dans le discours autour de celle-ci.

Domenach souligne que la propagande doit respecter cinq procédés*. Décryptage avec le parallèle de l’affiche du FN.

1. La simplification

Le message doit être clair et précis. Les slogans ne doivent pas faire passer des idées floues. Dans ce cas-ci, le message « Choisis ta France » est on ne peut plus précis. Les symboles stéréotypés sont nets, compréhensibles et sans aucune difficulté.

2. Le grossissement

Le discours propagandiste se doit d’une part de négliger ou omettre les détails d’une information qui pourraient lui nuire et d’autre part grossir, exagérer ceux qui plaident en sa faveur.

Le 13 novembre 2011, lors de l’émission politique « 12/13 » sur France 3, Marine Le Pen déclarait : « La courbe de l’insécurité suit la courbe de l’immigration qui suit, elle-même, la courbe de la fraude. »

Gérard Mauger*, sociologue, étudiant particulièrement les jeunes et leur déviance donna son point de vue sur la corrélation entre l’insécurité et l’immigration. « On fait un rapprochement, pas faux, mais ce n’est pas parce qu’ils sont immigrés qu’ils sont délinquants. C’est parce que les immigrés sont les plus pauvres et les plus démunis et c’est pour cela qu’ils sont les plus délinquants. Il manque une variable».

Pour le parti de l’extrême droite, il serait risqué, de mettre en lumière la variable de la précarité ascendante pour expliquer l’insécurité. Le bouc émissaire risque d’être le système défaillant plutôt que l’immigrant.

3. L’orchestration 

Il s’agit de « bombarder » le public visé avec les idées principales. La répétition sous des formes variées assure l’assimilation de la doctrine tout en permettant de s’y familiariser.

Comme connus, les thèmes phares de l’extrême droite française sont l’insécurité et l’immigration. Cette affiche n’échappe guère à la règle.

4. La transfusion

Il est important de ne pas prendre le public de front et de ne pas heurter ses convictions. Sembler les adopter dans un premier temps puis les changer progressivement permet de l’amener à adhérer à d’autres opinions, bien différentes. La transfusion permet de gagner davantage de publics différents.

Lors d’une interview accordée à Street Press, Julien Rochedy donnait sa vision de l’idée « Choisis ta France » : « Cette affiche est une division entre deux choix d’avenir : les Français unis à 100 % pour vivre dans une France qu’on aime, la France éternelle. Personne n’aime la France avec des voitures qui brûlent, des SDF. » Une analyse démagogique qui n’en demeure pas moins efficace.

5. La contagion

Comme son nom l’indique, il suffit de créer un sentiment d’appartenance afin d’inciter au conformisme.

Le président des Jeunes avec Marine insistait sur la notion d’union nationale : « Tout symbole fédère aussi et permet d’améliorer la compréhension des choses. Ce qu’il faut voir dans cette affiche, c’est un choix entre un avenir noir et un avenir qui ressemble à un avenir français. » Un avenir français au détriment d’un avenir noir. Comprendra qui voudra.

Concernant les externes, la propagande doit avoir une vision plurale, c’est-à-dire s’adresser conjointement à l’individu de manière isolée et à la foule, au groupe dans son entièreté. Par ailleurs, afin de garder l’audience en alerte, le message se doit d’être répété en permanence.

Le soutien des médias est primordial pour que cette thèse atteigne un seuil d’efficacité important. Dans le cas de cette affiche, les médias ont vivement critiqué celle-ci, mais c’était là où était le piège de la propagande. L’important pour le FN c’était de se faire entendre. Vue sous cet angle, l’opération est réussie.

Imambajev Nikita

 

* DOMENACH (Jean-Marie), La Propagande politique,Paris, PUF, « Qui suis-je? », 1979

* Entretien dans le cadre d’un TFE réalisé en 2012 intitulé “En traitant l’insécurité, quel rôle jouent les médias dans la construction de la réalité sociale de l’opinion publique ?”

Nikita Imambajev

Nikita Imambajev

Fondateur & rédacteur en chef d'Alohanews. Convaincu que le regard d'un jeune banlieusard sur le monde peut-être une alternative. L'urbain pour étendard.

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2 Réponses

  1. kelam dit :

    goebels a fait plus…

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