Raif Badawi : la liberté d’expression prend du ferme

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Exprimer son opinion, cela peut couter cher. C’est avec ce constant amer que la Cour suprême d’Arabie Saoudite vient de confirmer la peine du blogueur saoudien Raif Badawi pour « insulte à l’Islam ». Déjà condamné à 1000 coups de fouet, 10 ans de prison, et 240 000 euros d’amende, il a été flagellé une première fois le 9 janvier dernier. L’avis des médecins, la mobilisation de son épouse et des organisations des droits de l’homme ont amené Riyad à arrêter temporairement ce traitement.

C’est avec impatience et angoisse que ce jugement de la Cour suprême était attendu. Aucune déclaration n’ayant été faite depuis janvier, beaucoup de rumeurs circulaient à ce sujet. Certains se demandaient même si le blogueur n’avait pas été condamné en secret. Aujourd’hui, l’annonce a balayé doutes et rumeurs, et la liberté d’expression a pris du ferme.

Détenu depuis le 17 janvier 2012 à cause de la création d’un site internet, « libérez les libéraux saoudiens », Raif Badawi était également accusé d’apostasie et risquait la peine de mort. Au bout d’un très long combat judiciaire (son avocat a également été condamné à 15 ans de prison), Raif s’est vu condamné à une peine de « 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet, assortis d’une interdiction de voyager pendant 10 ans à l’issue de sa peine, d’une interdiction d’utiliser les médias et d’une amende de 1 million de riyals saoudiens ». C’est cette peine qui vient d’être confirmée par la Cour suprême saoudienne.

Une journée noire pour la liberté d’expression

Considéré comme un prisonnier d’opinion, l’ONG de défense des droits de l’homme, Amnesty International, avait milité pour la libération du blogueur. Par ailleurs, une pétition est en ligne sur le site internet isavelives d’Amnesty. En Belgique, une délégation se rendait chaque jeudi devant l’ambassade saoudienne pour montrer son soutien à Raif et exiger sa libération immédiate et inconditionnelle. Une habitude qui durait depuis quelques mois et en était à sa 18e fois le jeudi quatre juin dernier. Ce même jeudi quatre juin, l’ONG avait apposé un cadenas devant l’ambassade. Ce signe d’attachement et de soutien, tendu entre deux arbres, devait rappeler le pont des amoureux à paris. On pouvait y attacher un cadenas avec nos initiales, et celui-ci ne devait être enlevé qu’au jour de sa libération.

D’après Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du nord d’Amnesty International, « Le maintien de cette peine cruelle et injuste est odieux. Tenir un blog n’est pas un crime. Raif Badawi est puni pour avoir simplement osé exercer son droit à la liberté d’expression ».

Une peine de mort devenue banale

L’Arabie Saoudite n’est pas un exemple en matière de droits de l’homme. Il y’a quelques jours par exemple, la toile s’était amusée d’une offre d’emploi surprenante qui prêtait à sourire par son irréalisme. Une pénurie de main-d’œuvre avait contraint Riyad à lancer un appel pour le recrutement de huit bourreaux : « aucune qualification particulière, ni expérience, n’est nécessaire pour ce job dont la fonction principale sera « l’exécution d’une condamnation à mort » ».

Selon Amnesty International, 90 personnes ont été exécutées dans le royaume depuis le début de cette année. Ce chiffre équivaut au nombre d’exécutions durant toute l’année de 2014. L’année 2015 risque donc d’être fort chargé pour les bourreaux en Arabie Saoudite. Le record de la décennie, 147 exécutions en 2007, pourrait être dépassé au rythme où vont les choses.

En matière de peine de mort, les grandes puissances ont tendance à se montrer discrètes. D’ailleurs, les deux plus grandes puissances économiques que sont la Chine et les États-Unis la pratiquent encore. En 2014, sur la liste des cinq états ayant le plus exécuté des condamnés, la Chine se plaçait en première position, et les États-Unis complétaient le podium en cinquième place. L’Arabie Saoudite quant à elle trônait au milieu, à la troisième position.

Comble de l’ironie, Riyad fait du lobbying intense pour être à la tête du conseil des droits de l’homme aux Nations Unies. Cette instance, dont le président est élu tous les cinq ans, doit revenir cette année à un pays membre du continent asiatique.

Et après ?

La décision de la Cour suprême est supposée irrévocable. Les chances sont donc très minces pour qu’une libération vienne de ce côté. Mais tout n’est pas perdu pour autant. En effet, un dernier espoir réside dans la traditionnelle grâce royale qu’accorde le roi Salman à l’occasion du ramadan. Cette période, pendant laquelle chaque musulman doit observer le jeûne et faire de la charité, commencera dans quelques jours. La tradition, encore et toujours, exige de tout détenu voulant bénéficier de cette grâce d’ « exprimer par écrit ses regrets et les adresser au roi ».

Ceux qui désirent apporter leur soutien au blogueur, des actions (voir ci-dessous), en ligne notamment, ont été mises en œuvre par Amnesty International.

 

Boniface Munyaneza


La pétition à l’attention du roi d’Arabie saoudite et du Premier ministre saoudien est disponible ici

Attachez un cadenas de soutien devant l’ambassade d’Arabie Saoudite, Avenue Louise 326, 1050 Bruxelles (devant la Blue Tower)- Tram 93/94 arrêt Vleurgat

Cinq autres moyens d’agir

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