Vente d’armes: de bonnes intentions qui freinent à différents niveaux? Le cas de l’Arabie Saoudite et de la Belgique

AMER ALMOHIBANY/AFP/Getty Images

La Belgique est le premier fournisseur européen d’armes pour l’Arabie Saoudite: plus de 60% de ce que la Wallonie fabrique est vendu à la monarchie saoudienne. À plusieurs reprises des associations humanitaires, mais aussi des intellectuels ou encore des citoyens ont souligné l’incohérence quant à la vente de ces armes qui sont directement ou indirectement utilisées pour tuer des innocents ou pour soutenir des groupes terroristes. Ces incohérences ont souvent été mises en avant mettant mal à l’aise les politiques à ce sujet. Éclaircissement.

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Récemment, le ministre fédéral de la Coopération au développement, Alexander De Croo sur la chaîne néerlandophone la « VRT » a mentionné la question des ventes d’armes belges au profit du gouvernement saoudien ainsi que l’incohérence de cet élément lorsqu’il s’agit d’avoir une posture d’aide aux victimes, d’aide humanitaire. Ce dernier l’a souligné en ces mots: « On ne peut pas essayer de sauver des vies humaines et, dans le même temps, livrer des armes », par la suite, il met en exergue la situation au Yémen où une guerre se déroule depuis plusieurs années entre une coalition internationale gérée par le gouvernement saoudien et les rebelles Houtis, mais qui touche majoritairement des civils. Une guerre qui a été évoquée comme « horrible » par plusieurs associations, mais aussi où la famine y est très importante, une autre conséquence de cette guerre.

Si plusieurs hommes politiques ne sont pas défavorables à l’arrêt des ventes d’armes pour l’Arabie Saoudite sous forme d’embargo, il y a évidemment des réticences reliées très clairement à l’argent que cela rapporte à l’État, mais aussi, aux emplois wallons (rappelons que des centaines de Wallons ont perdu leur emploi et le taux de chômage y est élevé). Cependant, l’incohérence demeure: comment se fait-il que l’on puisse d’une part, se sentir concerné par la question humanitaire et en même temps être un des responsables de cette crise? Si la question a été formulée par le ministre de la Coopération et du Développement, il semblerait que c’est au niveau européen que les choses bloquent. Ainsi, les contrats continuent de se faire avec l’accord de la Belgique, mais aussi de l’Europe afin que l’exportation d’armes en direction indirectement des civils de ces pays en guerre continue de tacher nos mains de sang d’innocents.

Si la Belgique est l’un des principaux acteurs, il n’empêche que d’autres pays alimentent la guerre au Yémen, c’est ce qu’a mentionné Amnesty International le 23/03/2017 en visant la Grande-Bretagne et les États-Unis: « Dans un communiqué publié le 23 mars, l’organisation Amnesty International affirme que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont livré pour plus de cinq milliards de dollars d’armes à l’Arabie saoudite depuis que cette dernière est intervenue, il y a deux ans, au Yémen, en prenant la tête d’une coalition militaire arabe. Ce montant est dix fois supérieur à l’aide que Washington et Londres ont apportée au Yémen en deux ans, selon l’organisation ».

La décision d’un embargo ne profiterait donc pas aux différents États qui vendent ces armes, mais il est aussi question de souligner l’importance d’une décision commune par les différents protagonistes: un vendeur d’armes s’arrête et d’autres prendront la relève. Aussi la question qui revient souvent est celle-ci: « Qui voudrait cesser la vente d’armes lorsque l’on sait pertinemment que c’est un domaine où l’on peut se faire beaucoup d’argent? » Pas beaucoup de monde. Ne serait-il pas temps que cette question face place à l’incohérence qui persiste dans plusieurs pays? Quelle valeur à la vie humaine et plus particulièrement d’innocents, de femmes et d’enfants?

Pour rappel: La guerre au Yémen débute en 2015 avec l’intervention d’une coalition internationale, à sa tête l’Arabie Saoudite. Depuis deux ans, il y a eu 7700 morts et plus de 45.000 blessés dans les deux cas, il s’agit de morts et de blessés civils. Notons également que les tensions et les conflits sont présents depuis plusieurs années dans le pays, et notamment durant le printemps arabe qui a commencé en 2011.

Toujours est-il que l’appel des associations humanitaires reste peu entendu, mais que le débat soit soulevé par le ministre de la Coopération au développement est un début. Aussi, « Amnesty appelle de nouveau à un embargo sur les armes et à une enquête internationale «crédible sur les violations flagrantes commises par toutes les parties au conflit », parce qu’il est certain que les responsabilités sont multiples et les vendeurs d’armes compris!

Ikram BEN AISSA

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