Albinisme : délit de sale peau

Ikponwosa Ero, experte des Nations Unies sur la question.
Ikponwosa Ero, experte des Nations Unies sur la question.

L’albinisme est une maladie suscitée par un défaut de production de la mélanine, substance qui donne sa couleur à notre peau. Cette maladie suscite de l’incompréhension, des fantasmes, notamment en Afrique australe. En Tanzanie et au Malawi, ces deux pays voisins connaissent une recrudescence d’attaques contre cette communauté.

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Plusieurs personnes atteintes d’albinisme ont été sauvagement attaquées depuis 2014 en Tanzanie. Les autorités tanzaniennes essaient tant bien que mal de venir à bout de crimes liés à la sorcellerie et au trafic d’organes. Mais les résultats pour pallier ce fléau sont insuffisants. En effet, les chiffres sur le nombre de victimes assassinées ou blessées en Tanzanie sont peu fiables. Selon les Nations Unies, ces attaques ont coûté la vie à au moins cent personnes dans ce pays depuis l’an 2000.

Au Malawi, pays voisin, le phénomène fait plusieurs victimes. Selon Amnesty International, au moins 18 personnes ont été tuées et 5 kidnappées depuis novembre 2014. D’après l’experte des Nations Unies sur cette maladie, Ikponwosa Ero, albinos elle-même : “Il y a eu un énorme problème avec ces attaques contre les personnes atteintes d’albinisme. Il y a 27 pays qui ont signalé des attaques sur le continent”.

Lors d’une mission de douze jours pour l’ONU, elle avait été dépêchée au Malawi en avril 2016 pour alerter la communauté internationale sur le sort des 10.000 albinos menacés de disparition. Cette question selon elle, “constitue une urgence, une crise inquiétante vu ses proportions. C’est un groupe en danger” souligne-t-elle, “menacé de disparition méthodique si rien n’est fait pour mettre un terme aux atrocités”.

Trafic sans frontières

Niel Gilmore, du bureau des Nations unies à Lilongwe, capitale du Malawi, déplore le manque de coopération pour lutter contre ce phénomène : “La Tanzanie a réussi à contrôler les pratiques de médecine traditionnelle et les pratiques de sorcellerie dans le pays, ce qui a peut-être transféré le problème au Malawi. Les frontières sont très poreuses dans la région : Tanzanie, Mozambique, Malawi, il n’y a pas vraiment de contrôle et les trafiquants peuvent facilement traverser d’un pays à l’autre”.

Ikponwosa Ero va dans ce sens et considère que c’est un “problème panafricain”. Cette dernière appelle à la mise en place d’un plan global afin de lutter contre le phénomène. Selon elle, derrière chaque attaque, il y a un problème de compréhension de l’albinisme. Certaines croyances et superstitions ancestrales prêtent faussement aux organes et os des albinos des propriétés magiques. La revente d’os et de membres d’albinos peut rapporter quelques centaines de dollars, voire plusieurs milliers de dollars pour un corps entier.  Dans des pays où le salaire moyen est très bas, des personnes peu scrupuleuses s’adonnent à ce genre de trafic. L’experte rapporte que mêmes morts, les albinos ne sont pas épargnés. Plusieurs cas de profanations de tombes ont été constatés.

Pour lutter contre cette discrimination, plusieurs personnes atteintes de cette maladie ont décidé de créer une équipe de football : Albino United Football Club. Ces derniers espèrent à travers ce sport montrer qu’ils sont des personnes comme les autres. Pour promouvoir leur combat, cette équipe a eu l’occasion de disputer un match amical contre l’équipe anglaise d’Everton lors de sa tournée estivale en Tanzanie.

D’après Henri Médard, chercheur au sein de l’Institut des mondes africains, ces pratiques sont répandues depuis un certain temps, “ce qui est nouveau, c’est qu’on en parle publiquement. Jusqu’à maintenant, ces pratiques étaient tabou”. Le gouvernement tanzanien condamne à la peine de mort toute personne qui viendrait à s’en prendre aux personnes albinos. A l’heure actuelle dans ces pays, les albinos risquent toujours leur peau.

Mouâd Salhi

Mouâd Salhi

Mouâd Salhi

Journaliste pour Alohanews, d'ici et d'ailleurs, passionné par la géopolitique, a un stylo comme épée et comme maître mot la justice.

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