#Metoo et #balancetonporc : libération cruciale de la parole et dénonciation des violences systémiques

Si vous avez des amies woke et intéressantes vous avez peut-être vu passer les et . Le premier est une initiative attribuée à Alyssa Milano – en réalité lancé il y a 10 ans par Tarana Burke – afin d’inviter les victimes de violences sexuelles à partager leurs agressions afin de faire prendre conscience de l’ampleur de ces violences. Car TOUTES les femmes en ont été victimes à un moment ou à un autre de leur vie… En réalité, à plusieurs moments de leur vie. Le second est une initiative née en France pour dénoncer les agresseurs.

Capture d’écran de tweets.

Ce soir je ressens le besoin de partager certaines de mes agressions. Ce ne sont que les miennes, alors imaginez si nous étions 5, 6 ou plus !

La première fois j’avais 11 ans…

Nador (Maroc), un après-midi de l’été 1997. J’étais enthousiaste à l’idée d’aller au souk Oulad Mimoun avec ma tante et mes cousines. Du haut de mes 11 ans, tête blonde aux yeux bleus, je m’étonnais de tous les regards qui se tournaient vers nous accompagnés de remarques que je ne comprenais pas. Très gênée. Comme l’impression de ne pas appartenir à cet endroit. Plus tard, une main sur mes fesses. Insistante. Je me retourne et vois cet homme âgé qui me faisait un signe de la tête de le suivre. J’étais tétanisée. Peur que dans les dédales il n’agrippe mon bras et me force à le suivre. Un souk bondé, des chemins exigus. Réagir ou pas ? Même jeune j’avais compris que cet endroit ne ferait pas de cadeaux aux femmes, encore moins celles qui « osent » parler. Je m’étais mise en tête que je devais maitriser ce cœur qui bat à un rythme effréné, cette envie de pleurer et ce sentiment d’être honteuse. Honteuse de quoi ? Je ne sais pas !

En rentrant, je ne savais pas non plus si je devais en parler. J’avais peur que l’on m’interdise de sortir. J’avais peur qu’on ne me prenne pas au sérieux. L’injustice d’être punie m’aurait détruite. Cette situation s’est reproduite à de multiples reprises, au même endroit avec des hommes différents. Depuis j’insistais pour aller au souk, ou ailleurs, uniquement avec un homme. Pourtant quelques années plus tard je comprendrais qu’être accompagné d’un homme n’était pas un antidote et surtout faisait comprendre à cette homme que j’étais dépendante de lui pour sortir. Un tuteur dont je n’ai nullement besoin. Une « protection masculine » qui exercera une autre forme de domination.


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Bruxelles, un soir de l’hiver 2015. Le bruit du sac de courses qui rebondissait de plus en plus vite sur sa cuisse me faisait accélérer le pas. Je ne pouvais même pas distinguer son ombre. Juste le bruit du sac. Soudain je sens un corps lourd et chaud se rapprocher. Je me sens en danger et tente de me rapprocher des habitations… mais nous étions sur un pont. Le monde autour de nous ne me rassure pas. Chacun accélère le pas pour rentrer chez soi au plus vite. Je n’existe pas. Il me frôle puis m’agrippe. J’intellectualise la scène en pensant à l’« après ». J’avais abandonné l’idée de me débattre. Une voiture passe, klaxonne et fait un appel de phares. Il part. Je cours. Même réflexe de me « contenir » et de ne rien dire.

Londres, un après-midi de l’automne (je ne dévoilerai pas l’année). J’étais avec un groupe d’activistes dont un universitaire très connu et apprécié. Il est musulman et prêche « le bon comportement ». Il le prêche. Son regard lourd lors de ce dîner, cette insistance pour me raccompagner, cette main qui effleure à plusieurs reprises différentes parties de mon corps bien que je m’écarte.

Parler ? A qui ? A l’époque un groupe de personnes toxiques à mon égard et que j’avais quittée faisait circuler toutes sortes de rumeurs à mon sujet. Ajouter le rejet et le discrédit à cette sensation d’imposture m’aurait achevée.

Il n’existe pas de safe space/espaces bienveillants au sein des communautés musulmanes où les femmes puissent témoigner et être accompagnées lors de ces agressions. Pire, souvent on les accuse d’avoir « séduit », d’être « conscientes  et consentantes » et donc d’avoir mérité leur sort. Oui je généralise, c’est sans doute mal, mais pour l’instant je n’ai JAMAIS entendue un seul témoignage contradictoire.

Et puis… Il y a ce vieux qui montre son pénis à ma copine Julie sur la place du Luxembourg en face du parlement européen, ce taré qui mime un cunnilingus à mon amie Asma dans le tram 55, ce camarade de classe qui raccompagne Awa et lui demande une fellation en échange. Il y a aussi tous ces mecs qui ont des comportements ambigus et jouent avec les sentiments de certaines femmes pour ensuite leur dire qu’elles « ont mal compris ».

Une panoplie de stratagèmes contre le harcèlement dont l’existence même sont une violence

Chaque femme pourra vous raconter comment elle se prépare avant de sortir acheter du pain ou prendre le train. Une fausse alliance. Un mini déodorant dans le sac. Une main droite ornée de bagues. Des rues évitées. Des vêtements très amples. Rentrer un Uber (c’est un sacré budget le harcèlement !).

La mienne ? Grossir. Ayant grandit avec l’idée qu’une femme grosse n’était pas désirable, je m’étais mise en tête de prendre du poids. Un accident où je resta alitée quelques semaines aura été le déclencheur. Je détestais être une femme et je voulais encore moins être « désirable » selon les canons de beauté. Même mes yeux bleus m’énervaient et je portais des lunettes de soleil dans certains contextes.

Grossir, porter des vêtements amples et être plus vêtue que la moyenne n’aura jamais évité ces agressions. Pire, le surpoids à fait naître d’autres angoisses, moqueries et violences- ce sera pour un autre article.

Une récupération masculine honteuse

Beaucoup d’hommes tentent de nous expliquer que le sexisme « c’est dans les 2 sens », que les hommes « aussi sont violés » et qu’il faut travailler et dénoncer « ensemble » le sexisme. Certes.

La Une des Inrocks qui a fait polémique.

Où étiez-vous pour dénoncer la Une atroce des Inrocks qui mettait en avant « l’artiste » Bertrand Cantat, assassin de deux femmes ? L’une morte sous ses coups et l’autre s’est suicidée.

Où étiez-vous lorsque des jeunes femmes aux Etats-Unis ont dénoncées les abus psychologiques, de pouvoir et sexuels dont elles ont été victimes par Nouman Ali Khan ? Ou quand, il y a quelques années, d’autres femmes ici accusaient Tariq Ramadan des mêmes crimes ? Vrai ou pas, leur parole a automatiquement été discréditée ! Elles ont largement été moquées et insultées.

Où êtes-vous lorsqu’une femme se fait agresser par un mec, même « son » mec, dans les transports ? Quand votre supérieur hiérarchique ne cesse de « complimenter » une collègue sur ses belles jambes, ce jean qui la mets bien en valeur ou cette chemise qui dévoile « juste ce qu’il faut »?

Où êtes-vous lorsqu’un groupe de gamins crient « elle est bonne celle-là » ou « regarde il y a de la ch*tte ! » avant de rire grassement ?

Où êtes vous quand il vous faut reconnaître que dans une société hétérocentrée et patriarcale vous bénéficiez aussi de privilèges, moins si vous n’êtes pas Blanc, mais vous en jouissez quand même.

Alors oui travaillons ensemble si vous le souhaitez mais les femmes (cis ou pas) n’ont pas besoin de vous pour leur expliquer comment dénoncer et lutter. Si vous voulez aider, faites le en leur laissant la place et en utilisant vos privilèges pour mettre en avant leurs initiatives.

Mesdames, sachez que là, assise sur mon lit, à rédiger ces lignes je vous aime sincèrement, profondément. Que vous osiez dénoncer ces situations ou non, vous êtes courageuses. Je nous invite à essayer la bienveillance entre nous toutes plutôt que la méfiance, c’est aussi libérateur pour nous que pour elles.

Nous avons dénoncer maintenant vient le temps de construire et de demander des comptes.

Avec tout mon respect <3

Sakina GM

Sakina GM est fondatrice de l’espace digital bienveillant ReSisters et Project Manager pour l’association Karamah-EU.

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2 Réponses

  1. Merci Saki pour ton témoignage

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