AEME : « Quoi que tu fasses le hip-hop est là, c’est une manière de penser »

Aeme, interview.

À l’occasion de la sortie de son premier EP, « DARK », on est allé rencontrer le chanteur bruxellois AEME chez lui pour essayer de comprendre son projet, sa vision, son état d’esprit. Premier constat : Son appart’ est à l’image de sa musique et de sa personnalité, c’est-à-dire un savant mélange de plein de trucs récupérés à droite/à gauche ! Le temps de s’installer autour d’une table, et c’est parti.

Tu as un parcours atypique : Tu viens du rap à la base. Roi de l’impro, on te retrouve maintenant avec des lyrics toujours autant travaillés, mais chantés et plus mélodiques. Comment t’as fait cette transition ?

Effectivement avant j’étais avec Peace Armada, on était un groupe de rap. J’essayais de temps en temps de placer des refrains un peu plus chantés, mais c’était pas encore assumé à 100%… En parallèle de ça, j’ai gagné un concours d’impro à Bruxelles et j’ai reçu un petit cachet. Avec ça j’ai acheté un peu de matos pour essayer à la maison de chanter, de faire quelques trucs un peu expérimentaux, mais j’ne me suis jamais dit qu’un jour ça sortirait… C’était des trucs un peu cachés dans mon ordi !

Ça te manque pas par exemple la finale “End Of The Weak » à Montréal en 2015 ? Pas envie de replonger dans le rap ?

Si si bien sûr ! Quand on a commencé à bosser sur l’EP avec Katch (Katch Music, son label), je me disais que j’allais essayer de me détacher du rap, je voulais un peu tourner la page. Mais au final, dans la vie tu ne changes jamais, qui tu es vraiment, et même si t’évolues tu restes plus ou moins le même. Le rap est toujours en moi, et quand je fais un concert j’peux pas m’empêcher de faire une partie d’impro, un cover…. Ça fait toujours partie de moi et ça le restera à tout jamais ! (rires)

 

On voit que depuis un ou deux ans il y a littéralement une explosion « rap belge » avec tous les nouveaux artistes. Est-ce que tu penses avoir bifurqué au bon moment, ou au contraire tu penses que tu as loupé le coche ?

Nan j’ai pas loupé le coche, et j’dirais pas non plus que j’ai changé au bon moment. Et tu vois j’aime bien freestyler, parler de trucs de la vie en impro, etc.. Je ne suis pas un rappeur bling bling qui porte la casquette. Quand t’es dans le rap, c’est un game, tu joues un personnage quelque part et t’as besoin d’un sacré ego au final… et je ne crois pas que je sois comme ça, ou que mon message ai besoin de ça pour être transmis. Pour reprendre une phrase de DJ Sonar avec qui je faisais « End of the Weak », un jour je lui fais écouter mes sons électro et là il me sort « Ca c’est hip-hop ! Le fait de faire un truc différent, de se réinventer, ça c’est hip-hop !! ». Donc au final, quoique tu fasses le hip-hop est là, c’est une manière de penser, de vivre, qui est toujours présente quoi qu’il se passe !

Aeme, interview.

J’ai vu que tu mettais un accent sur le fait que tu évolues maintenant en anglais. Pourquoi ce choix ?

Déjà dans un premier temps parce que je trouve que ça passe bien, musicalement, et dans un second temps parce que j’aime bien chanter en anglais. Je ne me suis pas mis de barrière en me disant que les gens m’attendaient en français… c’est peut-être plus universel aussi. J’ai de la famille qui parle espagnol, anglais.. et du coup je me dis que peut-être qu’en faisant ça ils peuvent mieux comprendre… C’est plus ouvert au monde en fait, et ça correspond bien au « Spread love », le message principal que je passe dans cet EP. Après ça ne veut pas dire que je vais faire de l’anglais tout le temps !

Tu as lâché ton premier EP tout récemment. 5 titres qui s’écoutent bien. On sent que tu kifes jouer avec ta voix et avec les intonations. C’est quelque chose que tu ne pouvais pas explorer via le rap et que justement tu avais envie de développer un peu plus ?

Ouais c’est ça ! Quand je faisais du rap je me bridais plus, à me dire « Si j’fais ça, les gens vont penser ceci/cela »… Je faisais déjà des tests à partir dans des trucs graves ou aigus un peu chelou (rires), mais avec cette musique là ça permet de le faire librement et de me lâcher aussi ! Au final là je n’ai aucune barrière. Si j’ai envie de tester un truc j’le fais ! J’aime bien changer et je ferais ni du rap ni de l’électro uniquement toute ma vie, c’est par phase… 

Dans « How Many » et « Money » on a des lyrics graves par rapport aux autres tracks, en tout cas assez lourds de sens. C’est quoi la réflexion à la base de ces chansons ?

Je suis du genre à me poser beaucoup de questions, à réfléchir tout le temps sur tout et n’importe quoi et des fois j’me dis « tiens ce truc-là je ne suis forcément pas le seul à le ressentir », genre quand je doute sur moi-même ou des trucs dans ce style… Dans ces deux chansons-là, c’est un peu une projection de moi à travers la société, les yeux des gens…

Dans « Money » je parle de l’argent, mais pas comme un rappeur pourrait en parler : Je parle du fait qu’il est là, qu’on ne peut pas vivre sans… c’est un peu un schéma de vie au final. Quand t’es petit, on te dit « tu vas faire ci, tu vas faire ça… », mais tu peux t’en débarrasser de ça. L’argent est toujours là et c’est une constante de nos vies, mais ce n’est pas ça qui fait le bonheur.

Dans « How many », c’est un peu un questionnement qu’on peut tous avoir, mais volontairement excessif, limite absurde ! C’est une boucle, tout le monde peut se poser ces questions quand t’es solo, pas bien, bourré… quand tu décides de regarder à l’intérieur de toi-même. Tu vois je dis « Combien de rivières de lumières ? » et c’est totalement absurde et imagé, mais pas tant que ça au final, chacun voit là-dedans ce qu’il veut voir, comme quand tu te regardes dans un miroir.

Avec ta devise « Spread Love », est-ce que tu es toujours dans le même état d’esprit qu’il y a 4-5 ans, avec Peace Armada et tes sons dub ?

Ouais l’esprit, l’innocence… Tout est toujours là. Quand je suis revenu de Montréal je me suis rendu compte que les gens là-bas avaient une ouverture d’esprit assez dingue, qu’ils étaient bienveillants, et ça m’a donné l’idée de faire un truc ! Ces dernières années, surtout en Belgique, on a besoin d’amour, de joie, de montrer qu’on est unis tous ensemble… et même si c’est un peu naïf, ça ne fait jamais de mal de le répéter une fois de plus.

 

Certains sons de l’EP sont assez calibrés radio, comme « Catch your dreams » ou « How many » justement. C’est une volonté de ta part, pour pouvoir toucher plus de monde avec tes messages ?

Ouais carrément ! On s’est dit que ça pouvait être chouette de faire un truc « tout public », même s’il y a des gens qui écoutent et qui s’arrêtent à la forme, à la musique, ils ne cherchent pas à creuser le sens des paroles, etc. S’il y en a un que je préfère dans l’EP c’est « Money », peut-être parce qu’il est un peu plus personnel que les autres. Une fois j’étais en voiture et je l’ai entendue à la radio… J’ai été obligé de m’arrêter sur le côté pour l’écouter (rires) ! Après j’m’en fous d’être connu, je ne travaille pas mon image plus que ça, je ne me mets pas trop en avant dans mes clips… mais c’est vrai que c’est gratifiant d’entendre ses sons en radio ouais. Personnellement je veux dire, c’est quelque chose de sympa !

 

Pour ce qui est du nouvel EP : Selon AEME il ne reste qu’un son à terminer, et la sortie est prévue pour le début de l’été, soit courant juin 2018. Affaire à suivre !

Propos recueillis par Cyrille Pichenot

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