Avec « What Do You Think » la parole est donnée aux enfants en situation précaire

What do you think - Unicef

Jugés immatures ou incapables de raisonner, les enfants sont régulièrement privés de parole dans l’espace public. En effet, que ce soit concernant leurs besoins, leurs envies, leurs peurs ou autres, il n’est pas rare que l’on s’exprime à leur place. C’est pour pallier à ce manque et donner la parole aux enfants que l’UNICEF Belgique a lancé le projet « What Do You Think ». Ce projet permet de donner une voix aux mineurs les plus vulnérables : migrants et réfugiés, issus de milieux précaires, d’origine étrangère, handicapés, etc. Écoutons ce que les enfants ont à nous dire.

A priori, on pourrait croire que la protection des droits des enfants est acquise dans nos pays développés et est plutôt une bataille des pays pauvres. Néanmoins, bon nombre de droits de l’enfant sont peu ou pas respectés en Belgique. Pour rappel, la Convention relative aux droits de l’enfant a été adoptée en 1989 aux Nations Unies. C’est un traité contraignant pour les États qui le ratifient, chose que la Belgique a faite en 1991. Afin de mieux percevoir la réalité des enfants en difficultés, UNICEF Belgique a lancé le projet « What Do You Think » et donne la parole aux enfants vulnérables. En effet, qui de mieux que les enfants pour parler de leur réalité ? Alohanews reprend les grandes lignes de ce rapport en se centrant sur les inégalités à l’école et les enfants migrants.

L’égalité des chances à l’école

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« On ne peut pas étudier tous les deux dans la chambre. Un va à la table de la cuisine, l’autre sur le lit »

Que ce soit à cause de la situation économique de leurs familles ou de leurs origines ethniques, les enfants remarquent qu’ils n’ont pas tous les mêmes chances à l’école. Certains font d’ailleurs la différence entre les écoles « poubelles » et celles de « bourges ». Dans ces dernières « les élèves ont plus de droits, ils font plus de sorties, ils sont plus en avance sur les matières, les classes sont mieux, plus organisées ».

Premièrement, le manque de moyen ne leur permet pas d’étudier dans des conditions optimales : « On n’a qu’un bureau. C’est surtout embêtant maintenant que les examens approchent. On ne peut pas étudier tous les deux dans la chambre. Un va à la table de la cuisine, l’autre sur le lit ». De plus, le manque de moyen n’est pas seulement à déplorer dans le cocon familial, mais aussi dans les bâtiments de l’école : « Ce n’est juste pas possible. Ma sœur avait peur d’aller à l’école parce qu’elle avait peur que le toit tombe sur elle. Elle n’était pas la seule à avoir peur, la prof aussi avait peur. Je suis allé voir la directrice, elle me dit : ‘’notre école est classée dans les cas d’urgence… mais elle n’est pas la première’’. J’ai dit ‘’Ah bon, il y a encore pire que ça ?’’ ». Comment se concentrer sur ces études dans un tel contexte ?

Ensuite, les professeurs en prennent aussi pour leur grade quand ils ne sont pas absents : « Notre professeur a été absent pendant quatre ou cinq mois. Puis une remplaçante est venue. On a travaillé dans les fardes d’absence ce qu’on savait, ce qu’on ne savait pas, on ne faisait pas. Je trouve que ça doit arrêter tout ça. Le prof s’il n’est pas là ou prend congé, il prévient. Il prévient pour que la directrice puisse faire quelque chose. Peut-être trouver un autre professeur ». De plus, les enfants reprochent aux professeurs d’être trop éloignés de leurs univers et de ne pas les comprendre : « Les enseignants nous écoutent, mais ils ne font pas grand-chose pour nous aider. Ils ne connaissent pas et ne comprennent pas nos problèmes et notre situation familiale. Cela crée des difficultés de communication et donc une mauvaise ambiance, qui entraîne de mauvais résultats ».

Les enfants d’origine étrangère reprochent aussi au système de ne pas les considérer à leur juste valeur et se sentent sous-estimés. En effet, certains parents n’ont pas toutes les connaissances sur le système scolaire belge et laissent parfois les professeurs prendre les décisions pour leurs enfants. Cela donne des cas où les enfants sont relégués dans des options qu’ils n’avaient pas choisies : « En cinquième ils m’ont dit que je devais changer d’orientation et que je ne pouvais pas passer en sixième, car la sixième était trop difficile pour moi. Ma mère ne savait pas très bien répondre. Ils lui ont dit que je devais aller en 1B, et elle les a écoutés. S’ils disent la même chose pour mes frères et sœurs, je ne les laisserai pas faire ». Les enfants issus des quartiers populaires sont surreprésentés dans l’enseignement professionnel. D’autres sont même orientés vers l’enseignement spécialisé. Pour rappel, celui-ci est réservé aux élèves ayant un handicap ou des troubles mentaux et psychologiques. « Avec mes parents, nous ne savions même pas que j’étais dans une école de l’enseignement spécialisé ». Ne se sentant pas respectés, certains enfants perdent confiance en eux et se sentent comme des élèves de seconde zone.

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Les jeunes touchés par la pauvreté se plaignent aussi de leur environnement de vie. Ceux-ci vivent souvent dans des milieux précaires où le manque d’infrastructures est criant : « Il y a des parcs dans le quartier, mais pas de toboggans, pas de plaine de jeux ». Les lieux de loisirs sont trop peu nombreux. Les enfants aimeraient être sollicités par leurs communes pour connaitre leurs besoins.

En plus du manque d’infrastructures, les enfants doivent également faire face à la violence et aux trafics en tous genres : « Dans le quartier, on y grandit, on y survit, on s’y protège comme on peut. Dans le parc on joue au milieu des dealers, des trafics, des crottes de chien, des gangs. Le quartier, c’est aussi les braquages, les vols, les agressions, la chicha, la beuh, les drogues, l’alcool, les disputes. Les magasins, les pakis, les vols, les snacks». Grandir dans ce milieu n’est pas chose aisée pour ces adultes en devenir. Malgré cela, certains aiment leur quartier grâce aux amis qu’ils ont pu se faire là-bas.

Les enfants migrants

La crise des migrants est toujours d’actualité. Récemment, notre secrétaire d’État à l’asile et l’immigration Théo Franken a déclaré être pour la solution du « push back » avec comme modèle l’Australie. Cette vision consiste tout simplement à renvoyer les bateaux de migrants avant même qu’ils ne foulent le sol européen. Cette pratique avait été interdite par la Cour européenne des droits de l’Homme sur base de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme qui interdit la torture et les traitements inhumains et dégradants. Les enfants sont peu abordés lorsqu’on parle des migrants. Pourtant, bon nombre d’enfants font le voyage seul ou accompagné de leur famille. L’Unicef a notamment donné la parole aux MENA, les Mineurs Etrangers Non Accompagnés.

Comme on peut se l’imaginer, la solitude est très présente chez eux, malgré le fait qu’ils soient rassemblés dans des centres. « Quand tu as fini l’école, le travail, une activité, un voyage, tu espères que quelqu’un t’attende à la maison, tu as envie de pouvoir raconter ce que tu as vécu dans la journée. Mais il faut tout garder dans ta tête, les bonnes et les mauvaises choses. Un jour ça va exploser ». Cette solitude peut se transformer en dépression ou mal-être si le jeune n’est pas bien encadré.

« Quand on veut que notre famille nous rejoigne, on nous demande des documents impossibles à trouver »

Les jeunes adolescents arrivés en Belgique seuls souhaitent naturellement faire venir les membres de leurs familles. Cependant, ils jugent la procédure beaucoup trop compliquée, voire impossible. En effet, comment réunir des actes de naissances ou mariage lorsqu’on a fui la guerre à la hâte ? Si certains ont la chance d’être encadrés par de bons tuteurs, d’autres pointent le manque d’implication de celui-ci : « Il ne vient jamais au centre, dit-elle. Un jour il devait venir, mais il n’est pas venu. Il ne s’est même pas excusé ».


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Un autre point mentionné par les enfants migrants est le fait d’être dans l’incertitude concernant leur avenir. En effet, la décision concernant leur régularisation peut prendre plusieurs années et cela ne leur permet pas de planifier leur avenir et s’inscrire pleinement dans le présent : « La procédure est très difficile pour les enfants qui sont seuls ici en Belgique. Elle est beaucoup trop lente. Certains attendent 4,5,6 ans avant d’avoir une réponse. Dans notre groupe, certains jeunes sont ici depuis 3 ans et n’ont toujours pas de réponse. C’est impossible d’imaginer l’avenir dans ces conditions ». De plus, leur situation ne leur permet pas de s’intégrer aux activités des jeunes belges de leur âge. Un jeune garçon mentionne sa déception de ne pouvoir s’inscrire dans un club de foot et disputer les matchs officiels, faute de papier : « Je ne peux pas faire mon sport, déplore Abdoulaye, garçon guinéen de 12 ans. J’aimerais faire du foot, les matchs. Ici, les enfants ne peuvent pas faire de sport. On peut juste faire du sport ici, entre nous ».

Après le constat, l’action

Le rapport se termine en abordant les recommandations des enfants : Plus d’infrastructures de loisirs dans leur quartier (terrain de sport ou autres), quartiers mieux sécurisés, des enseignants mieux formés, plus de contacts avec leurs familles pour les MENA, entre autres. Maintenant que la parole leur a été donnée aux enfants pour mieux se rendre compte de leur réalité, peut-être qu’il faudrait aller voir de leur côté pour les solutions.

SOURCE : « Rapport alternatif des enfants de Belgique pour le Comité des Droits de l’Enfant », Rapport « What Do You Think? », UNICEF Belgique, 2018.

Gaëtan Lecouturier

Gaëtan Lecouturier

Gaëtan, jeune métisse. Gaillard passionné de musique et de politique.

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