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Burn Out : un rêve consumé

Un chômeur envoie un mail au quotidien local de sa région : « Je suis allé à Pôle emploi avec 5 litres d’essence pour me brûler, mais c’est fermé le 12 février 2013, alors ça sera demain le 13 ou le 14, car ce serait vraiment préférable au sein de Pôle emploi merci ». Le lendemain l’homme tient parole. Ces mots sont ceux de Jamel. La quarantaine, cet Algérien rêvait de franchir l’autre coté de la Méditerranée pour rencontrer l’amour de sa vie et parcourir ses rêves. Sa passion était le cirque. Malheureusement, Jamel est devenu un clown triste malgré lui.

@MouSalhi

« Burn Out », c’est un premier roman écrit à quatre mains par Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah. Ces journalistes en herbe de 23 ans ont imaginé la vie de Jamel avant que ce dernier commette l’irréparable devant Pôle Emploi à Nantes.

Jamel était impatient à l’idée de quitter son Algérie natale pour retrouver une Française qu’il avait rencontrée sur le net. Laissant derrière lui ses habitudes, ses racines, sa maman sans présager qu’il y laisserait son âme. Il n’avait qu’une obsession : briller de par son talent humoristique et devenir le clown qu’il a toujours voulu être. 

Le roman raconte la vie de Jamel à travers différents personnages qu’il côtoie. La force de ce livre est qu’il nous fait voyager dans l’univers de cet homme qui se rend compte que la France tant fantasmée n’était qu’un leurre. Après s’être rendu compte que le cirque ne remplissait pas le frigo, Jamel a rempilé ses grosses godasses et son maquillage en laissant un mot au gérant du cirque qui l’avait accueilli: « Vous savez comment c’est. Pour vivre, il faut travailler comme un grand… »

Il a troqué le nez rouge pour laisser place à des boulots besogneux en tant qu’intérimaire. Il acceptait toutes les missions, de jour comme de nuit. Ce roman ne raconte pas seulement l’histoire d’un destin, mais a une volonté de faire comprendre ce qui pousse un homme à partir en terre inconnue et se retrouver dans la précarité.

Pâle emploi

Le récit retrace également la froideur et la difficulté du chômage en France. L’humanité est au point mort à Pôle emploi. L’homme n’existe qu’à travers son numéro de référence et d’inscription. Cette humanité qui se cache, les auteurs veulent la faire émerger à travers leur histoire.

Un lundi, Jamel se voit signifier que faute d’avoir déclaré à Pôle emploi du travail effectué fin 2012, il doit rembourser les allocations perçues et perd son droit à l’indemnisation. Le lendemain, il envoie ce mail à Presse Océan. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. 

Ce livre parle de voyage et de rencontres. Ces lignes s’adressent à ceux qui rêvent de ghorba*, mais également ceux qui voient arriver des têtes frisées pleines de rêves. L’un des personnages fustigeait que « notre époque est aux jours tristes. Aux cœurs en miettes. Aux travailleurs qui se débattent comme ils peuvent ». Un premier roman réussi et criant de vérité.

*ghorba : l’étranger en arabe

 

Mouâd SALHI

 

Disponible en librairie Burn Out, Mehdi Meklat & Badroudine Saïd Abdallah, Seuil, 2015, Paris.