L’engouement autour de la drill, l’année dernière, a au moins permis de révéler plus d’un artiste, parmi lesquels Tovaritch, adepte aussi de la trap bien brute, dont le nom est issu d’une variante russe du mot camarade. Mais sa notoriété grandissante, Tovaritch ne la doit qu’à son talent et à l’identité qu’il revendique dans ses clips : celle d’un rap énervé qui puise ses racines en France et en Russie.

 

 
Tovaritch, de son vrai nom Yuri Mikhailov, est né en Russie, d’une mère d’origine polonaise et d’un père 100% russe. Alors qu’il n’a que 5 ans, sa famille s’installe en Seine-Saint-Denis (93), où il grandira. Dix ans plus tard, il lance une première carrière musicale sous le pseudo de « Vincelard », et c’est en cette période qu’il ambitionne de former un groupe avec un ami. Il met fin à cette première carrière musicale suite au décès de cet ami dans une fusillade. A partir de 2018, il reprend la musique sous le nom de « Tovaritch » où il sort le clip de Berlingo, depuis retiré de YouTube et des plateformes. Assez peu d’infos nous viennent de Yuri Mikhailov : n’ayant accordé d’interview à aucun média, une aura de mystère plane autour de ce rappeur nerveux aux accents de l’est. Il s’impose aujourd’hui comme une nouvelle figure du rap hardcore. 

« A mort les Bleus » (Bratva VII) 

C’est en 2019 que la carrière de Tovaritch prend son envol. Il se fait connaître en sortant sur YouTube une série de freestyles, Bratva, terme russe qui signifie confrérie ou fraternité. Dans les clips de ses freestyles, il demeure tel qu’on l’entend dans le mic : grand, musclé, couvert de tatouages de la tête aux pieds, Tovaritch a su imposer son flow haché, d’une voix éraillée, aux paroles violentes qu’il débite sur de la grosse trap surchargée de basse, mêlant égotrip et détestation des cyka (s*lope). Fan de MMA et de musculation, « Mentalité U.R.S.S » comme il le revendique dans ses freestyles, ses textes sont parsemés de backs et de termes russes. C’est cette identité qui lui a permis de se démarquer de la masse des rappeurs de la région parisienne. Loin de les manier avec parcimonie, Tovaritch joue à fond sur les fantasmes autour de la Mère Patrie la Russie. Il affiche dans ses clips AK-47 et bébés ours tenus en laisse, pratique décomplexée du Calisthenics (ou street workout, dans le clip de Bratva V) tout en vomissant sans filtre sa haine des Etats-Unis, des flics et des racistes, ainsi que son amour pour la rue, ses bratan et les pays de l’Est. Un style plein d’énergie et de hargne, sur des prods lourdes et sombres, trap ou drill, auquel il reste fidèle dans chacun de ses sons. Il achève sa série de freestyles avec Bratva X, le 29 mai 2020 ; quelques semaines plus tard, il dévoilera sa toute-première mixtape solo, Bratva, avec 15 titres, sur laquelle on le retrouve en feat avec des rappeurs russes et polonais et français. 

 

Connu de partout, de Serbie à l’Allemagne

C’est comme ça qu’il se présente dans Bratva VII. Dans Bratva IV, il balade un bébé ours en laisse en compagnie du rappeur russe Красное Дерево (arbre rouge), dans un clip réalisé par Dmitry Sonder, et dans Bratva IX, il est présent en feat avec Paluch, un rappeur très connu en Pologne. La réputation de Tovaritch transcende les frontières de l’Hexagone et, dans les commentaires de ses clips sur YouTube, une foule de comptes serbes, polonais, grecs, russes, roumains, célèbrent celui qui représente sur la scène du rap francophone l’âme de la Russie et de l’ex Union Soviétique. Sur Contactu II (dont le clip du premier volet sort sur YouTube en novembre 2019), il est en feat avec OG Eastbull, rappeur allemand, et Nane, rappeur de Roumanie. Tovaritch entend être l’avant-garde de ce que l’Europe centrale et de l’Est ont d’artistes les plus doués.  

 

Mais Tovaritch n’oublie pas de se tailler la part du lion parmi la foule des rappeurs français. Il signe, dans la foulée de son premier projet, un contrat juteux à 6 chiffres avec le label Urban Pias, qui produit des artistes de renom de la scène francilienne. Sur la rampe de lancement de son succès, Tovaritch a lancé en 2019 sa propre marque de merch à son nom, Tovaritch, dont il affiche les t-shirts « Soviet » dans la plupart de ses clips. Tovaritch fusionne avec Kalash Criminel dans le clip de Street Fight, sorti en mars 2021, dans lequel les deux artistes se marient à la perfection dans la brutalité de leurs flows et l’envie de tout casser que nous donne ce son. Tovaritch couronne sa carrière naissante avec son dernier projet, COBETCKИЙ (SOVIETSKIY), avec 15 titres encore, qui comporte le feat avec Kalash Criminel, un feat avec Andrey Toronto (Volyna, Russie), un autre avec Malik Montana (Losa, Allemagne) et un dernier feat avec le rappeur d’Allemagne LX (Dashaev). Dans des textes déchaînés, il déclame sans détour sa haine des polémiques racistes, qui vaudrait à Tovaritch de se placer dans le sens des rappeurs engagés, du côté du peuple, dans le plus pur esprit soviétique. Une nouvelle pierre à l’édifice de la carrière prometteuse de celui qui rappe et tractionne avec la vigueur furieuse d’un Spetsnaz.  

Paul Malem