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Pourquoi la réussite n’est jamais (ou presque) individuelle ?

Alors que je me pavanais – comme chaque jour – sur Twitter, je suis tombé sur une réflexion intéressante de Thomas Porcher, docteur en économie et professeur à Paris School of Business. En plusieurs points clés, l’enseignant explique que réussir dépend aussi (beaucoup) du statut socio-économique.


Alors que l’empire d’Emmanuel Macron, nouveau président de la République française, a construit l’individu en tant que seul maitre de son destin, pour Thomas Porcher, la réussite ne dépend pas seulement du talent. Preuve avec le contenu de ses tweets (d’ailleurs suivez-le sur @PorcherThomas).

« Dans les faits, tweete le docteur en économie, 75% du statut socio-économique d’un individu est expliqué par l’origine sociale. La réalité est que le volontarisme pèse peu face à la reproduction sociale. Comme le disait Bourdieu, les enfants de classes supérieures ont « un rapport assuré et rassuré au monde ». 40% des enfants d’enseignants ont un bac S contre 4,6% des enfants d’ouvriers non qualifiés ».

Un discours du mérite donc ? Oui selon Thomas Porcher. De plus, ce discours est « instrumentalisé par les classes sociales supérieures pour justifier leur statut et celui de ceux qui n’ont rien« , explique le professeur. « Croire que vouloir c’est pouvoir relève d’une mystification, pire d’une subtile manœuvre de domination. »

 

Thomas Porcher, docteur et enseignant.

Mais alors la réussite n’est pas forcément individuelle ? « La réussite est d’abord collective, écrit Porcher. Elle dépend de politiques mises en place, d’institutions, du capital productif, humain et social. Certes, il est plus facile de penser que les pays pauvres ne se développent pas parce qu’ils sont moins doués que nous (ou + corrompus). Il est plus facile de penser que les Américains réussissent mieux grâce a un meilleur esprit d’entreprise (celui de devenir milliardaire) ». Il n’en est rien puisque le développement des entreprises américaines dépend de l’investissement public en amont de la chaine d’innovation. Par exemple, Google ou la batterie Tesla ont été financés par le secteur public américain.

Le chômage

Pour Porcher, penser que le chômage est un problème individuel ou une question d’état d’esprit n’est pas fondé scientifiquement – ou statistiquement -. Il explique :

« En économie mainstream, un chômeur arbitre entre travail et loisirs en fonction du salaire de marché. Derrière l’explication économique se cache en réalité une volonté de diffuser des valeurs d’ordre morale. Il y aurait d’un côté des travailleurs courageux acceptant le salaire (même faible) et de l’autre des fainéants. Cela trouve un écho dans les préjugés: si les Grecs ont un chômage élevé, c’est qu’ils préfèrent le loisir. A l’inverse les Allemands préfèrent le travail. Mais cette représentation du chômeur ne tient pas. Sauf à penser qu’il y a eu des épidémies de paresse en 1929 et 2008. »

Peut-on donc vraiment penser que les 600 nouveaux chômeurs par jour entre 2012 à 2015 sont le fruit d’un problème d’incitation au travail ? Non pour Porcher. « La réalité est que le plus courageux des chômeurs trouvera difficilement un emploi dans une conjoncture morose, analyse le scientifique. À l’inverse, même une personne fainéante obtiendra un emploi facilement dans une phase de croissance. Par conséquent,le chômage est avant tout le résultat de mauvais choix de politique économique et non d’un comportement inadapté du chômeur. »

Nikita Imambajev

* Les propos de Thomas Porcher sont des tweets dispos sur son compte Twitter.