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L’affaire #Aubervilliers : un cas d’école journalistique

Info flash ! 7h10, Itélé informe qu’un enseignant a été agressé ce lundi matin à l’école maternelle publique Jean Perrin à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis au nom de Daesh. Vous êtes sur ? Décryptage d’un emballement médiatique.

@MouSalhi

L’assaillant aurait lancé : « C’est Daesh, c’est un avertissement ». Selon 20 Minutes, l’agresseur, arrivé sans arme s’est saisi d’un cutter et d’une paire de ciseaux pour blesser l’enseignant, dont le pronostic vital n’est pas engagé. Daesh n’a pas revendiqué l’agression mais s’en est félicité.

Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre à l’image de la députée socialiste de Seine-Saint-Denis Elisabeth Guigou :

Najat Vallaud Belkacem, Ministre de l’Éducation Nationale y est allé de son tweet et s’est rendue directement à Aubervilliers :

Cette dernière, au micro d’Itélé a affirmé que le gouvernement « va continuer à renforcer » les mesures de sécurité dans les écoles. Elle ajoute : « Nous allons continuer, avec le ministère de l’Intérieur, à renforcer les mesures de sécurité, dans un contexte où, oui, l’école se sent menacée». Elle a affirmé que c’est « un acte d’une grande gravité ».

Problème : l’agression n’a jamais eu lieu. Le parquet de Bobigny a indiqué que l’instituteur a inventé son agression. Il se serait automutilé pour faire croire à une attaque. Le site 20 minutes reproduira un fil d’actualité qui suivra l’information en temps réel. On peut voir que ces derniers affirment qu’il y a une agression sans prendre de précaution au préalable. Quant à l’agresseur (imaginaire), il a pris la fuite à pied selon une source policière.

Capture d’écran du site 20 Minutes.

Comme en témoigne les tweets de David Thompson, spécialiste des mouvances djihadistes, les partisans français de l’EI ont bel et bien félicité une attaque… imaginaire :

Nora Hamadi, journaliste pour Public Sénat déplore le fait que les journalistes ne sont pas aussi vigilants concernant des informations non vérifiées :

La ministre de l’Éducation Nationale s’est ravisée en apprenant les éléments de l’enquête via ce communiqué partagé sur Twitter :

D’autres personnalités à l’image du dessinateur Rakidd ont pris l’information avec humour :

Ce manquement déontologique et journalistique vient rappeler l’agression du RER D qui a fait l’effet d’une bombe sans même que cette dernière soit vérifiée. Le vendredi 9 juillet 2004, une jeune femme a déclaré à la police avoir été victime d’une agression à caractère antisémite. Le lendemain soir, son témoignage recueilli par le ministère de l’intérieur est directement relayé par l’AFP. Journalistes, éditorialistes et hommes politiques monteront au créneau pour crier leur indignation. Trois jours plus tard, l’intéressée avouera qu’elle a menti. Le mal était déjà fait. Comme le dit si bien un jeu de football sur console dont on taira le nom : « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ».

Mouâd SALHI