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Projet A.M.I, un projet controversé

Rien de mieux que la rue pour céder à l’imagination. Tous les univers artistiques viennent de la rue, ne l’oublions pas. Quand l’artiste a besoin d’avis, de conseils et une reconnaissance ; il prend possession des désirs de la société à travers des personnages ou objets inventés et idéalisés. Nous sommes tous créatifs, mais certains le montrent plus que d’autres.

@gyousra3

Les artistes sont en nombre dans nos rues.  Rien qu’à voir les œuvres de Banksy ou JR. A quand un nouveau lieu pour nous laisser exprimer ? Et nous, nous fréquentons les espaces artistiques avec une demande différente à chaque fois. Un lieu dégage une ambiance qui influence sur les vibrations artistiques. Nous pouvons passer du Cent-quatre au musée d’Orsay, en passant par le Palais de Tokyo et la cité de la mode en une journée, s’il le faut. Alors, qu’est-ce qui est fait concrètement ?

Le 5 mai a été lancée une manifestation d’intérêt à un projet d’expression culturelle et artistique par la SNCF Immobilier. L’entreprise expérimente temporairement une nouvelle forme de valorisation patrimoniale dans une logique d’ouverture et de partage national. Mais attention, certaines conditions et certains points sont très importants pour mieux comprendre le projet. Caroline de Jessey, directrice communication SNCF Immobilier Paris, a souligné qu’il ne s’agit pas de passer commande à des artistes. Ce n’est pas une opération marketing et de communication pour valoriser l’entreprise, mais bien une opération en réponse aux nombreuses sollicitations des opérateurs et collectifs culturels, dit-elle d’un ton ambitieux. La propriété des œuvres revient, bien évidemment, aux artistes et non à la SNCF à condition qu’elles soient détachables du bien mis à disposition, ajoute-t-elle sans détachement. En effet, il s’agit d’une opération temporaire uniquement allant jusqu’à six mois pour certains cas. La SNCF a besoin de récupérer les lieux pour les futurs projets urbains à venir. En bref, cette opération met à disposition des lieux qui ont traversé les années sans aides financières quelconques de leur part apportée aux artistes, dans un esprit de valorisation du patrimoine français. Sophie Boissard, directrice générale en charge de la préfiguration de SNCF Immobilier, ajoute : « Nous sommes très flexibles. Nous avons constitué un comité de sélection de haut niveau, pour promouvoir des projets de qualité et inédits. Avec quatre critères : un projet de qualité, un projet susceptible d’intéresser un public large, un projet techniquement faisable, un projet financé ».Vous avez jusqu’au 27 septembre pour déposer votre candidature.

Cependant, ce projet ne fait pas que des  envieux. Un collectif d’artistes, le Street Book, veut l’annulation du concours en s’appuyant sur une pétition.   Selon eux, la SNCF demande aux artistes de financer eux-mêmes leur projet, tout en cédant leurs droits d’auteurs et leurs droits de regard sur le futur de leurs œuvres. L’artiste cobaye, comme compris,  se doit de financer lui même peinture, déplacements, échafaudages, son propre temps d’exécution.   « Après la débâcle de BIBA et A Little Market, les artistes se soulèvent contre ces pseudo concours et appels à projets qui mettent en péril leur art en faisant perdurer cette précarité dans laquelle ils vivent au quotidien » souligne l’auteur de la pétition. Près de 5 485 signatures montrent un vif intérêt pour ce soulèvement, dont 5000 signatures en moins d’une semaine. En effet, la défense des droits des artistes est primordiale pour celui qui veut exister. Le nombre de signataires est le signe d’une solidarité très présente entre les artistes de tous les domaines. Henen Bebbouche, fondatrice du collectif, mentionne que «  le projet ne s’adresse pas aux artistes, mais aux élites ». Elle me rappelle que les artistes touchent la précarité chaque jour notamment les amateurs qui reposent leur revenu sur le RSA. La majorité des artistes français ont du mal à vivre de leur passion et à trouver des mécènes ! Derrière le slogan « SNCF m’a tué », une vraie colère s’inscrit sous couvert d’une réelle demande de reconnaissance, oubliée, aux artistes urbains entre autres.

L’aménagement des lieux insalubres, des usines désaffectées, des anciens squats, des gares abandonnées en lieux artistiques est très apprécié. Certains veulent un lieu différent, un lieu unique, tout aussi attrayant. D’autres restent sceptiques, car ils n’en veulent pas trop non plus. Il existe beaucoup de lieux qui pourraient suivre ce changement comme  les friches délaissées du 13e, sur le canal de Bobigny ou la petite ceinture afin de ne pas faire que des barbecues.

Yousra Gouja