Ça semble fou, irréel, et pourtant, le journal indépendant russe Novaya Gazeta a annoncé début avril l’ouverture de prisons secrètes, semblables à des camps de concentration, en Tchétchénie pour les homosexuels.

D’après le quotidien, une centaine d’hommes, soupçonnés d’être homosexuels ont été enlevés. Les autorités tchétchènes ont construit plusieurs camps où des homosexuels sont soumis à des mauvais traitements et à des actes de torture. Le but ? Leur faire révéler l’identité d’autres personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenres.

Ce même journal confirme que plusieurs décès ont eu lieu à l’intérieur de ces camps de la mort. L’un des membres de la communauté LGTB a livré son témoignage : « Des homosexuels ont été arrêtés et nous travaillons pour évacuer les personnes retenues dans ces camps. Certains ont même quitté la région par crainte. Ceux qui en sont sortis vivants disent qu’ils sont détenus dans une seule pièce avec 30 à 40 autres personnes. Ils sont torturés à coups de décharges électriques et sont sévèrement battus, parfois jusqu’à la mort. »

Pour Aude Merlin, chercheuse à l’ULB et spécialiste du Caucase du Nord, l’attitude du gouvernement tchétchène n’est pas une surprise : « Dans un contexte où Ramzan Kadyrov se proclame le disciple indéfectible de Vladimir Poutine, l’articulation entre ces pratiques locales au niveau tchétchène et le discours politique russe officiel, pourfendant une Europe et un Occident qui seraient en pleine décadence morale – en particulier avec l’adoption du mariage homosexuel – n’est pas une surprise ». La seule surprise réside dans la parution des témoignages des victimes dans un contexte de peur de représailles à l’encontre de leur famille restée en Tchétchénie.

Selon Amnesty International en Russie, les droits des personnes homosexuelles en Fédération russe sont encore bafoués. En effet, l’homosexualité est considérée comme une honte qui ternit la réputation de la famille. Ainsi, on révèle de nombreux « crimes » d’honneur particulièrement courants dans le nord du Caucase. De plus, ces homicides sont commis en toute impunité et leurs auteurs sont rarement condamnés. L’organisation internationale a donc lancé l’alerte et a invité les autorités à mener l’enquête, tout en protégeant les personnes homosexuelles du pays. À noter que l’homosexualité en tant que telle n’est pas interdite par la loi en Russie. Depuis 2012, la législation russe condamne « la propagande à l’encontre de mineurs concernant les relations sexuelles non traditionnelles. »

Le gouvernement tchétchène nie l’existence des camps et adopte une attitude répressive face à la communauté homosexuelle en affirmant : « Nous ne pouvons pas arrêter ou réprimer des gens qui n’existent pas dans la République. » Il ajoute également : « S’il y avait de telles personnes en Tchétchénie, les organes chargés de l’application des lois n’auraient rien à faire avec eux car leurs proches les enverraient dans un endroit d’où ils ne pourraient pas revenir ».

Impensable, et pourtant véridique. En 2017. À 3800 kilomètres de la Belgique.

Alexia ZAMPUNIERIS