[INTERVIEW] S.Pri Noir, « Masque blanc » et facettes multiples 

S.Pri Noir, interview

Considéré comme l’un des rappeurs les plus talentueux de sa génération, S.Pri Noir vient de sortir son premier album « Masque Blanc ». Avec des extraits qui ont titillé l’excitation de ses fans et son statut d’égérie d’Adidas, il était l’heure pour le parisien de transformer le tir, en affirmant son identité.

S.Pri Noir, « Masque blanc »

Ancien champion de France de football américain, Malick Mendosa, de son vrai nom, a transposé ce goût de la performance dans son rap. Très technique, et proche des membres du groupe 1995, il s’inscrit dans une vague de rappeurs s’attachant à soigner autant le fond que la forme. Après ses deux EP « 00S licence to kill » et « Le monde ne suffit pas », S.Pri Noir a laissé de côté le fil rouge James Bond, pour choisir un titre d’album au plus près de ce qu’il est : « Masque Blanc ». Une référence au livre de Frantz Fanon « Peau noire, masques blancs », qui questionne l’identité noire et le colonialisme, mais dont il se détache pour apporter sa propre conception.

Questionner son identité…

Parisien depuis toujours, Malick grandit d’abord dans le 13ème arrondissement, puis dans le 20ème à partir de ses 12 ans. A la jonction de deux mondes, dans le quartier populaire de la Fougère au bord du périphérique, il a su tirer son inspiration autant de sa cité que du Paris bourgeois. Dans sa jeunesse il osait mettre des sapes que personne ne mettait, sans avoir peur d’être charrié. Une singularité qu’il cultive et dont il est fier. Moins anecdotique, sa couleur de peau a construit ce qu’il est, au niveau personnel et artistique. Jusque dans son nom, S.Pri Noir clame sa différence sans jamais vouloir diviser.

S.Pri Noir

© Yousra Dahry / Alohanews

Pas question ici de faire un plaidoyer pour une cause, S.Pri chante sa vie, et par extension celle de milliers d’autres. Celle d’un jeune issu des quartiers d’origine étrangère, qui arpente Paris au quotidien. Qui sort la nuit, qui séduit des filles, qui est imprégné par la pop culture, qui voit des potes partir en prison, qui soigne son profil Instagram.

Pour explorer divers univers musicaux

Un bouillonnement d’influences qui permettent à S.Pri Noir de nous balader, au fil des 22 titres de l’album, d’un versant à l’autre des pans de sa vie. Véritable caméléon, il s’attache à ne jamais s’enfermer dans une case qui lui collerait à la peau, et livre un album aux musicalités diversifiées. Entre l’intro « Nymeria » où il kicke pendant 3 minutes, le dancehall « Baby Gyal », l’instru asiatique de « Michael Jackson » ou encore le planant « Fusée Ariane », il explore sans jamais se perdre, étonnement à l’aise dans tous les domaines.

Nouvelle arme à son arsenal, S.Pri Noir délivre aussi deux storytelling dans ce projet. « La belle est la bête » sur la vie d’une fille de cité, et surtout « Seck » dans lequel il narre l’histoire de sa mère. Un titre touchant qui retrace le parcours de nombreux immigrés en France et leur difficulté d’intégration, sublimée par la voix de la chanteuse africaine Viviane Chidid.

En parlant de lui et des siens, S.Pri Noir parle aussi aux autres. Certains regretteront un album un peu hétérogène, d’autres auront compris qui est S.Pri Noir, un rappeur multiforme, influencé autant par ses racines que par la pop culture.

Simon Virot

Nikita Imambajev

Nikita Imambajev

Fondateur & rédacteur en chef d'Alohanews. Convaincu que le regard d'un jeune banlieusard sur le monde peut-être une alternative. L'urbain pour étendard.

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1 Réponse

  1. Le L masqué dit :

    Très bon article vraiment bien travaillé !
    Une vraie finesse d’écriture, et qui révèle bien le personnage qu’est Spri Noir.

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