Soul Square : « On ne fait que respecter les codes du hip-hop »

Ils n’ont qu’un seul objectif : casser le mur du son. Non, il ne s’agit pas de Willy Denzey mais du groupe jazzy du moment, Soul Square. Originaires de Nantes, les quatre protagonistes de Soul Square revisitent la musique afro-américaine avec des samples issus des années 90. Alohanews est parti à la rencontre de Arshitect, un des membres de ces amoureux de la musique hip-hop, soul et jazz pour la sortie de leur projet « Millésime Série Vol. 2 ».
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Soul Square ?
Cela fait 9 ans déjà que le groupe existe. A la base, nous étions 3 beatmakers :PermOne, Guan Jay et moi même (ndlr. Arshitect). En 2005, nous avons sorti une compilation de remix de sons américains qui était un avant-gout en libre téléchargement. Suite aux retours positifs, on a enchainé avec un album du nom de « Live & Uncut » qui est sorti 5 ans plus tard, en 2010 donc. C’était un peu la galère pour le sortir, mais l’opus a fini par voir le jour sur le label Kif Records. Ce projet nous a permis de rencontrer Atom qui voulait bosser en tant qu’ingénieur de son. Le courant est passé et il s’est joint à nous pour travailler sur le mix. Vu son implication dans les morceaux, le mix et les scratchs, il a naturellement rejoint le groupe. Soul Square est donc composé de quatre membres studio et depuis peu, un Dj scène du nom de Jay Crate nous accompagne lors des concerts.
En live, Soul Square ça donne quoi ?
À la base, nous sommes un groupe studio. Le fait de ne pas pouvoir défendre l’album sur scène était un vrai rempart pour être en contact concret avec le public. Vu l’attente croissante des gens, on a bossé sur la prestation live pendant 2 ans. Au début, on a essuyé les plâtres, le public n’est pas forcément habitué à voir ce genre de concert où il y a des mecs avec des MPC, des claviers midi, etc. C’était une progression qui, au fur et à mesure, a pris forme.

En 2013, le groupe enchainait avec une série d’EP du nom de « Millésime Série »

En effet. On a été contacté par un rappeur de Chicago du nom de RacecaR. Il arrivait sur Paris et cherchait à découvrir les acteurs du milieu jazz hip-hop dans la capitale. On a écouté son flow et sa vibe… on a vraiment kiffé! La collaboration s’est faite dans la foulée. C’est comme ça que le premier « Millésime Série » a vu le jour.
Le 10 février dernier,  « Millésime Série Vol. 2 » est sorti. Quel est le concept concrètement ?
C’est une série de EP dans le but de mettre en avant des rappeurs. Chaque EP est consacré entièrement à l’univers d’un artiste accompagné de notre couleur musicale. RacecaR était le premier. On a voulu garder la cadence en cherchant un autre rappeur pour le prochain disque. On a fait des tests pour dénicher la perle rare. Par curiosité, j’ai cliqué sur un clip de Jeff Spec, un rappeur canadien que je ne connaissais pas du tout. J’ai écouté, ça tuait ! Je lui ai passé une prod sur laquelle il a posé dans la foulée. Tous les membres du groupe ont accroché au style du MC.  On ressent vraiment l’influence des années 90 avec un gros kiff pour les samples soul. Le disque est disponible depuis le 10 février.
Soul Square, c’est aussi un groupe français avec une approche différente du rap actuel. Comment définiriez-vous votre style ?
Je ne sais pas si on a une approche différente du rap français. C’est clair que par rapport à ce qui se fait actuellement, nous ne sommes pas dans le même délire. Mais à côté de ça il y a eu pas mal de groupes qui ont émergé ces derniers temps qui sont dans la même mouvance que nous. C’est vrai qu’on a quand même une esthétique particulière avec des morceaux anglophones qui mettent en valeur le style des années 90. Quoi qu’on en dise, la langue anglaise est irremplaçable. C’est ce qui colle le mieux avec la vibe de Soul Square.
Dans une France avec un public assez fermé, quelles sont les personnes qui vous écoutent ?
Lorsque le premier opus est sorti, on pensait que le public serait composé de trentenaires nostalgiques du hip-hop d’antan. Mais sur scène, on s’est rendu compte que ce n’est absolument pas ça. Il y a des jeunes qui veulent renouer avec le hip-hop et qui redécouvrent un petit peu ce rap « vintage ». Du coup, il y a un certain mélange chez les gens qui nous écoutent.
Peut-on parler de rap alternatif ?
Je ne sais pas si on peut employer le mot alternatif, car on ne fait que respecter les codes du hip-hop. Disons que c’est devenu un style en marge des médias. C’est une longue route pour des groupes comme le nôtre, car on reste dans l’ombre tout en continuant de sortir des projets. Il faut être vraiment motivé. Pour le moment, il y a un soutien et nous en sommes satisfaits.
Des groupes comme 1995 reviennent avec un style semblable au votre au niveau des instru old school. Comment percevez-vous cette espèce renaissance ?
Je pense qu’une frange de la jeunesse actuelle se rend compte qu’elle a raté l’âge d’or du rap. Ils ont commencé à fouiller dans les archives comme je l’ai fait lorsque j’étais plus jeune. En tout cas, on ressent ces influences jazzy soul. Pour moi, la renaissance est logique. Mais il ne faut pas non plus tomber dans la caricature de ce qui se faisait dans les années 1990. Faire des morceaux égotrip, sans âme, où il n’y a que de la technique et des punchlines, ça peut vite devenir une pâle copie des décennies précédentes. C’est le risque de cette renaissance, si elle n’est pas bien maitrisée.
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Le style des années 90
Vous réalisez-vous même certains de vos clips, de vos pochettes, etc. L’indépendance à l’état brut, donc ?
À l’époque de notre premier projet, on avait signé chez Kif Records. C’était une opportunité d’être épaulé par une structure afin d’avoir une plus grande exposition. Je m’occupais déjà de toute la direction artistique puisque c’est mon métier de base. Il faut savoir que si tu es dépendant d’un label, il y a forcément un budget limité consacré à ton projet. Il faut également que le label ait une rentabilité sur les artistes. Suite à cette expérience, on s’est rendu compte qu’on devait avoir un contrôle entier sur notre évolution et on a basculé vers l’autoproduction. Aujourd’hui, nous avons un deal avec Musicast qui nous fait une entière confiance dans nos démarches et nous permettent de sortir, par exemple, des vyniles collectors (ndlr. sortie prévue pour le 17 mars) et d’épanouir pleinement notre créativité.
Depuis les années 1990, le paysage du rap français a complètement changé. Quel regard portes-tu sur la musique urbaine qui est aujourd’hui sous les projecteurs ?
Ce qui passe en radio, ce n’est pas du tout mon style. Je n’écoute plus vraiment la radio aujourd’hui à part de rare exception comme Nova. La musique est devenue un business avant d’être un art. Il n’y a plus de prises de risque du côté des maisons de disques, des médias. C’est devenu clairement un modèle économique. Les seules fois où nous avons été à Skyrock, c’était grâce à l’invitation de Hocus Pocus ou C2C. Finalement, à part des groupes comme Hocus Pocus qui a su vraiment casser les barrières et vendre, les groupes de notre genre qui réussissent sont rares. Récemment on peut citer 1995 qui a aussi su créer une vraie effervescence. Les auditeurs sont malheureusement fort influençables et ils aiment ce qu’on leur passe en boucle. C’est bien dommage.
Un top 3 des classiques de rap ?
Mmh, « The Chronic » de Dr Dre. Un gros classique en terme de production. Le fameux « 36 Chambers » de Wu-Tang aussi. C’est le premier album de hiphop que j’ai écouté de ma vie. Pour finir, je dirais « Illmatic » de Nas. À l’époque, il ne m’avait pas marqué. Je pense que je n’étais pas assez mûr pour le digérer. C’est quelques années plus tard en le réécoutant que je me suis rendu compte à quel point cet album est énorme.
Et en rap français ?
Je n’ai pas vraiment pris la peine d’écouter des albums de rap français récemment. Je crois que le dernier album que j’ai écouté entièrement était celui de K.Oni & Rezo, «Réflexions », et je l’avais trouvé bien frais. Sinon « L’école du micro d’argent » d’IAM m’avait marqué à l’époque.
Un dernier mot pour Alohanews ?
J’espère que « Millésime Série Vol. 2 » va plaire aux lecteurs. Je vous invite vraiment à l’écouter et découvrir cette tendance jazz et soul. Une famille de hip-hop qui change radicalement de ce qui peut se faire sur les ondes. Merci à vous de vous intéresser à cette musique !
Propos recueillis par Nikita Imambajev
Nikita Imambajev

Nikita Imambajev

Fondateur & rédacteur en chef d'Alohanews. Convaincu que le regard d'un jeune banlieusard sur le monde peut-être une alternative. L'urbain pour étendard.

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