15 ans de Guantanamo, un anniversaire dont Obama aurait voulu se passer

Alors que Barack Obama avait fait de la fermeture de Guantanamo l’une de ses promesses électorales en 2008, la prison hors la loi américaine tient toujours debout. Bien plus que cela, depuis le 30 janvier 2016, Guantanamo aura été ouvert plus longtemps sous l’ère Obama que sous Bush. Une question persiste, pourquoi n’arrive-t-il toujours pas à fermer cette prison ?

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Lors de sa campagne victorieuse de 2008, Barack Obama, le candidat démocrate aux élections présidentielles, avait fait de la fermeture de Guantanamo son cheval de bataille. Une fois arrivé au pouvoir en 2009, le président Obama avait même signé un décret ordonnant la fermeture de ce centre de détention controversé, et ce dans un délai d’un an. Aujourd’hui, sept ans plus tard, le « goulag des temps modernes » comme le surnomme Amnesty International, est toujours ouvert. 15 ans d’existence de ce « symbole international d’injustice », loin de l’image exemplaire que les États-Unis veulent vendre au monde, pourquoi ?

Des raisons multiples

Les raisons de l’ouverture de Girtmo, comme le surnomment les Américains, sont multiples. Lors de l’entrée en fonction de celui qui scandait « Yes We Can », l’atmosphère était propice à la fermeture de ce centre. Le président Obama et le candidat malheureux à l’élection présidentielle John McCain étaient sur la même longueur d’onde. Ils voulaient tourner la page Bush, et mettre fin à cette zone de non-droit, nuisible à l’image de l’Amérique. Néanmoins, Obama a décidé de se donner un délai d’un an pour bien analyser le dossier et les détenus. Ce délai d’un an a finalement été prolongé, l’analyse ayant pris plus de temps que prévu. L’administration Bush n’ayant jamais eu comme priorité la centralisation des informations sur les détenus.

Ce délai a aussi eu pour conséquence de permettre aux républicains, rejetés dans l’opposition depuis la défaite à l’élection présidentielle, de se rassembler autour d’une cause commune : l’entrave à la politique menée par Obama. Pourtant, d’après Obama, s’il n’a pas fermé tout de suite le centre, c’est parce qu’il y avait un accord bipartisan pour fermer Guantanamo. Accord qui a vite volé en éclats. The Guardian précise : «même McCain a soutenu la législation républicaine qui imposait des restrictions plus dures sur le transfert des prisonniers et une interdiction de les faire entrer aux États-Unis pour leur détention ou leur procès».

Guantanamo est également sorti des préoccupations américaines. La crise économique, Daesh, les raisons ont été nombreuses pour que le peuple américain se détourne de cet encombrant dossier. D’autant plus que celui-ci est situé en terre cubaine, bien loin du champ de vision de l’oncle Sam.

En 2015, Obama avait exprimé ses regrets concernant l’ouverture de Guantanamo, mais il avait déclaré qu’il était plus simple « de la laisser ouverte, même si cela ne représente pas ce que nous sommes en tant que pays ».

Réduction et relocalisation

Ce 12 janvier 2016, lors de son dernier discours sur l’état de l’Union, Obama est revenu sur Guantanamo. Le président américain déclarait qu’à défaut de fermer le centre, il allait s’évertuer à le vider. Une tâche qui ne s’annonce pas simple, mais dont les résultats sont déjà visibles.

Depuis son ouverture, Gitmo a accueilli 779 détenus provenant de 48 pays. Aujourd’hui, ce nombre a sensiblement diminué pour atteindre 104 prisonniers, dont plus de la moitié sont supposés transférables. Ces prisonniers transférables, dont aucune charge n’a été retenue contre eux, se retrouvent dans un processus de libération lent et complexe, et peinent souvent à trouver un pays prêt à les accueillir. Mais la dynamique de réduction devrait encore s’accélérer dans l’année, le Pentagone ayant donné son accord pour les transferts de ceux-ci.

Une proposition de relocalisation aux États-Unis des prisonniers, non encore jugés, mais considérés comme une « menace pour la sécurité nationale », doit aussi être remise au Congrès par la Maison-Blanche. Cette relocalisation, si elle a lieu, devrait se faire dans des centres de détention ultra sécurisés du pays. Néanmoins, la proposition se fait attendre, les élus et les États qui doivent accueillir ces prisonniers semblent être hostiles à cette idée. Qu’ils soient démocrates ou républicains, personne ne veut avoir à s’occuper de ces « combattants étrangers », ennemis de l’Amérique et des électeurs américains.

Une promesse non tenue en héritage ?

À propos de cette date particulière du 30 janvier 2016, Naureen Shah, directrice du programme Sécurité et droits humains d’Amnesty International États-Unis a dit :

« Avec Guantanamo qui est ouvert maintenant depuis plus longtemps sous son ère que sous celle de l’ancien président Bush, l’héritage du président Obama en ce qui concerne les droits humains est en jeu. D’une certaine façon, Obama sera défini selon le fait qu’il ait choisi ou non de mettre fin à 15 ans d’injustices et de violations des droits humains à Guantanamo ».

Aveux obtenus sous la torture, détentions illimitées sans procès et sans jugement, l’ouverture de Gitmo continue à apparaître comme une épine dans l’héritage que veut laisser le président américain. Étant dans sa dernière année de présidence, Obama a peu de temps pour agir, mais peut encore tenir son engagement. Jusqu’ici, les présidents changent, mais Guantanamo reste. La primaire pour l’élection présidentielle de 2017 vient d’être lancée, et tous les candidats républicains sans exception sont contre la fermeture de ce centre. Une victoire démocrate pourrait être une victoire pour Obama, et permettrait peut-être à son successeur d’achever cette fermeture difficile. Mais pour cela, il faudra se battre contre l’histoire. En effet, aucun candidat démocrate n’a réussi à succéder à un président démocrate depuis les années 1940, entre Roosevelt et Truman.

Boniface MUNYANEZA

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