À l’échelle du Temps, une vie humaine équivaudrait à deux jours. Deux minuscules jours. Et pourtant, combien de jours insignifiants vivons-nous, persuadés que le temps ne nous est pas compté ?

Attention, par jour insignifiant, je ne parle pas de jour où il ne se passe rien, où l’on décide de ne rien faire, si ce n’est être affalé dans son canapé. En prenant du recul, quel est le dernier jour dont nous nous souvenons parce qu’il nous a marqués de manière positive ou parce qu’il a eu un impact particulièrement positif sur notre vie ?

Nous pensons avoir le temps, nous pensons le détenir, le posséder et s’en servir à notre guise. Et bien souvent, nous pensons avoir le pouvoir sur lui, oubliant que c’est lui qui nous maîtrise.

Mais alors, comment reprendre pleinement sa vie en mains ? Comment utiliser ce temps qui nous est offert à bon escient ? À cette question, nous avons tous des réponses différentes.

Pour ma part, je tends à arrêter de catégoriser les gens. Ah, ces jugements hâtifs, comme ils nous empoisonnent l’existence ! Et comme ils sont tellement ancrés en nous ! Comme ils sont faciles et finalement si « rassurants » ! « Je ne suis pas comme lui, je suis donc forcément meilleur ! ». Et comme ils nous donnent tort.

Comme bien souvent, nous comprenons nos propres erreurs lorsque nous les subissons. Comme je l’ai expliqué plus haut, j’ai la fâcheuse habitude d’enfermer des gens dans des catégories. Et, malheureusement, je l’avoue, cela ne m’a jamais vraiment posé problème. Jusqu’à ce que je le subisse moi-même. Là, tout de suite, c’était beaucoup moins confortable.

Je suis professeur de français, passionnée par mon métier, et par ma langue maternelle en général. J’aime lire, écrire, et apprendre toujours plus. Je reste persuadée que j’exerce le plus beau métier du monde (et je ne suis probablement pas très objective à ce sujet, je vous l’accorde). Mais en dehors de mon travail qui, hors vacances scolaires, me prend beaucoup de temps, j’aime faire un tas de choses : j’aime voir des amis, sortir, découvrir de nouveaux endroits, nager, explorer, chanter (pas toujours très juste), écouter de la musique. Et j’aime lire, oui. J’ai l’impression de devoir presque le confesser timidement. Pourquoi ? Parce que lorsque quelqu’un me demande quel métier j’exerce, la réaction est toujours la même : une réaction distante.

Je me suis longtemps demandé quelle était la raison. Je pense que les gens voient les professeurs comme des personnes froides, sèches, autoritaires, prêtes à bondir et à l’affût de n’importe quelle erreur pouvant être commise. 94% du temps, lorsque je rencontre quelqu’un qui me pose des questions à ce sujet (promis, je parle parfois d’autres choses aussi, si si!), la personne me répond : « Ah ! Je vais faire attention à ma façon de parler alors ! », comme si elle se sentait d’emblée jugée. Et je vous assure qu’à la longue, c’est assez fatigant de devoir se justifier. Les gens vous invitent à passer un bon moment entre amis et se sentent obligés d’ajouter, comme s’ils avaient un doute : « Ce ne sera pas une soirée littéraire, hein ! ».

Mais je ne pense pas avoir le monopole, je n’ose imaginer ce que doivent entendre les secrétaires, infirmières, coiffeurs …

 

Tout ceci, finalement, pour en arriver à la conclusion que j’avais pris la mauvaise habitude de catégoriser les gens et de les juger au premier abord, sans prendre le temps de les connaître. Et lorsque cela arrive, lorsque je vais au-delà de mes jugements à deux sous, vous savez quoi ? Je suis toujours agréablement surprise de m’être trompée. Toujours. Voilà donc le point particulier sur lequel j’essaie de travailler pour ne plus avoir la désagréable impression de « perdre mon temps ».

Nous avons toujours le choix. Celui de continuer à vivre comme nous le faisons pour le moment, sans trop d’effort, sans se presser, et finalement sans rien savourer. Mais nous avons aussi le choix de changer, de vouloir devenir meilleurs, de progresser, de nous améliorer et de ne plus gaspiller le temps. Et si nous faisons ce choix déterminant, nous avons déjà parcouru 50% du chemin. À nous de décider comment sera le voyage, semé d’embûches ou parsemé de fleurs. Rappelons-nous que nous avons toujours le choix, mais pas le temps. Qu’il est urgent d’aimer, d’être une bonne personne et de faire le bien. Nous avons le choix.

Alexia Zampunieris 

« Sachez que le droit de choisir sa voie est un privilège sacré. Servez-vous-en. Habitez le possible. »

Oprah Winfrey